ALAIN MICHARD
Alain Michard est un artiste-chorégraphe, né en 1963. Il dirige Louma à Rennes depuis vingt ans.
Son travail oscille entre différents domaines artistiques toujours dans un esprit de transversalité.
Outre son activité artistique, il anime régulièrement des ateliers auprès d’enfants, d’étudiants, d’enseignants et d’amateurs.
Il met en place de nombreux projets que ce soit pour le Centre Georges Pompidou à Paris, pour la Villa Médicis-Hors les murs à Istanbul ou pour l’inauguration du MAS Anvers.
Il a également passé deux saisons en résidence au Centre culturel Colombier entre 2008 et 2010 et a participé à la Biennale de Rennes 2010.
La première version de sa pièce «J’ai tout donné» a été présentée au Garage les 3 et 4 février 2011.

« J’ai tout donné », Musée de la danse, Février 2011. Images de répétition. Crédits photographiques : Camille Planeix

Semprecosi : parlez-nous un peu de votre parcours académique jusqu’à aujourd’hui….
Le terme «académique» ne me convient pas du tout. Je ne voulais pas faire d’études universitaires mais un métier manuel. Après le bac j’ai trouvé une formation pour faire de la restauration de meubles anciens. Il y avait quand même un rapport à l’art, à l’histoire de l’art et à une technique qui est celle de l’ébénisterie. Je me suis très vite rendu compte que le travail lui-même m’intéressait mais pas l’environnement professionnel. Parallèlement, cela faisait longtemps que j’écrivais des petits scénarios qui se basaient sur mon goût pour la littérature et le cinéma. J’ai aussi travaillé dans des centres aérés, où j’ai rencontré un danseur, Philippe Jamet, qui démarrait la danse et qui allait s’y installer à New-York pendant un an au Studio Cunningham, c’était en 1985. Cette rencontre m’a poussé à aller prendre des cours de danse de technique Graham, ce qui a constitué ma formation initiale. Mais cela ne convenait pas du tout à mon corps, c’est une technique plutôt faite pour des femmes petites, musclées et très souples, et moi je ne suis ni musclé ni très souple. Par la suite j’ai travaillé dans deux directions : je prenais des cours de danse contemporaine chez Peter Goss , proches du Limon ; une technique qui vient des Etats-Unis et qui est assez déliée dans le mouvement. Je prenais aussi des cours de danse classique.
Semprecosi : ce n’était pas des écoles de danse donc…
Pas du tout. L’autonomie pour moi a toujours été importante, ce qui m’a fait creuser mon sillon et ne pas rester dans les cadres établis. Tout en ayant quand même une relation avec les codes de la danse contemporaine qui étaient pratiqués à ce moment là.
Les années 1980 ont vraiment été celles de l’explosion de la danse contemporaine en France. Elle disposait d’une très grande visibilité avec des chorégraphes comme Philippe Découflé qui apparaissait à ce moment là. Je suis allé vers Odile Duboc (décédée en 2010), une chorégraphe très importante, une grande pédagogue qui a formé énormément de gens comme par exemple Boris Charmatz qui est actuellement directeur du Musée de la Danse. La rencontre avec Odile Duboc a été une étape déterminante dans mon parcours ; je suis entré dans une nouvelle forme de créativité, notamment grâce à ses projets de rue. A l’époque je ne soupçonnais pas que son travail in-situ, même si elle ne l’appelait pas comme ça, allait me suivre et que dix ans plus tard il tiendrait une grande place dans mes propres projets.

« Caravane », projet in situ dans le Morvan , 2002
Parallèlement, je suis allé voir beaucoup de spectacles de danse. Cela paraît anodin, mais je ne connaissais rien du tout à la danse. Je me suis d’abord formé par mon regard de spectateur, ce que j’ai affirmé par la suite. Il fallait que je passe par là parce que mes projets artistiques ne pouvaient pas naître des cours techniques. J’allais voir des pièces de Dominique Bagouet, de Pina Bausch, de Trisha Brown, de Merce Cunningham, et d’autres chorégraphes qui émergeaient alors et dont certains ont été oubliés. Très tôt, j’ai rencontré une danseuse – Claudia Triozzi qui est devenue ma compagne et ma « muse ». Cette rencontre m’a permis de réaliser mes projets, de danser et de faire danser en m’appropriant une culture de la danse. C’est seulement plus tard que me sont venues des références plastiques comme Marina Abramovic ou Jean Tinguely qui avaient une dimension performative dans leurs oeuvres. Je n’ai commencé à être payé et à être reconnu comme danseur qu’en 1989-1990 ; une époque charnière pour mon travail. Cela reste ma formation de base. Après j’ai continué de me former sur le tas, par la pratique, l’expérimentation et les collaborations.
Semprecosi : pourquoi avoir choisi la danse et le spectacle comme médiums ? Offraient-ils pour vous des possibilités de création plus larges que d’autres matériaux artistiques ?
Mes influences majeures sont la littérature et le cinéma, l’aspect visuel du cinéma. Je ne me vois pas du tout écrire et essayer de courir les éditeurs pour essayer d’être publié. Et faire des films… j’en fais maintenant depuis dix ans, mais ils ne relèvent pas du cadre de production cinématographique classique. Quand j’ai rencontré la danse, j’ai trouvé un art très ouvert, très libre. J’oserai d’ailleurs dire que la danse est l’art le plus « connecté » aux autres arts, le plus en relation avec eux. Ce qui n’est pas toujours le cas pour les autres. Et puis la danse a une grande qualité : sur un plateau, elle disparaît aussi vite qu’elle apparaît. Il y a une notion d’éphémère qui est très importante, , d’insaisissable, qui lui donne une part de sa puissance poétique aussi, une puissance de provocation de l’imaginaire. Pour moi la danse, c’est l’art anti-capitaliste par définition car on ne capitalise rien : on ne peut quasiment pas l’écrire, pas la conserver ; à peine la vendre.
Cette liberté d’agir, d’inventer, d’innover m’a beaucoup plu. Elle sous-entend une histoire qu’on réévalue et re-questionne sans cesse. Après ce n’est pas si rose que ça. On se rend compte qu’il y a aussi des schémas bien installés, une vision du beau corps, du beau geste, qui pourrit un peu tout ça…

« J’ai tout donné », Musée de la danse, Février 2011. Images de répétition. Crédits photographiques : Camille Planeix
Semprecosi : c’est quelque chose que vous avez apprivoisé en fait…
J’ai toujours travaillé « contre ». J’ai fait des spectacles et de la vidéo parce que j’allais contre l’idée de la vidéo dans les spectacles. J’utilisais une référence littéraire (W. Faulkner, dans Où sont mes amis?) parce que j’allais contre la référence littéraire dans le spectacle. J’ai fait de la danse parce que ce n’était pas évident pour moi. J’aime bien l’idée de me confronter, l’idée de penser que telle chose est problématique et du coup de me demander comment je m’y prendrais pour y répondre.
Semprecosi : si l’on devait vous apposer un statut précis, serait-ce celui d’artiste-chorégraphe, d’artiste performer, d’artiste scénographe peut-être ?
Pour moi, « artiste » tout court suffirait. Mais en fait, je suis obligé vis-à-vis du public de nommer plus précisément ma pratique, de me définir dans un statut. Mais pas toujours, car ce sont souvent les projets qui définissent. Si je fais un film on ne dit pas que je suis cinéaste mais que j’ai fait un film. Je préfère cette idée de définir par l’objet plutôt que par le statut artistique. Par contre, vis-à-vis des institutions, des médias, etc… Je dirais plutôt artiste-chorégraphe à choisir parmi tout ce que vous m’avez proposé. Encore une fois, ce que j’aime bien dans l’idée « d’artiste chorégraphique », c’est justement de nommer le fait que la danse est un art qui peut très bien se réapproprier, traverser ou utiliser tous les matériaux du corps, ou en tous cas utiliser des manières, des perspectives, des points de vue qui ne sont pas seulement ceux du chorégraphe.

« Performance paintings ». Oeuvre vidéo de Nicolas Floc’h
Semprecosi : on ne pourrait donc pas assimiler votre pratique au terme de « performance », aussi large soit il…
Non, parce que pour moi la performance c’est quelque chose qu’on fait une fois, un « one shot » dans lequel on se risque dans l’instant, dans lequel on ne reproduit pas quelque chose de bien peaufiné et de bien travaillé. Je ne pars pas à chaque fois à l’aventure avec une énergie comme celle de la performance.
Semprecosi : comment définiriez-vous la place de la chorégraphie et du spectacle dans l’histoire de l’art d’hier et d’aujourd’hui et selon-vous, comment s’insère votre propre pratique dans cette histoire ?
C’est ce sur quoi je travaille depuis longtemps. Mais je me suis particulièrement focalisé sur ces questions avec mon projet « J’ai tout donné » au Centre culturel Colombier pour la Biennale de Rennes. Un de mes « dadas », bien que je ne sois pas du tout spécialiste, c’est l’ethnologie. J’ai beaucoup lu sur les Inuits, sur les sociétés de Patagonie, ou du Mali. La place de la danse y est à l’égale de celle de la musique ; il n’y a aucune distinction entre la dimension plastique, la dimension musicale, la dimension chorégraphique et le théâtre. Parce qu’elles sont toujours liées à des histoires, à des mythologies, à une actualité aussi, un rapport entre le passé et le présent dans la création artistique. Et donc moi je me réfèrerais au moins autant à cette vision des sociétés traditionnelles qu’à l’art occidental. L’histoire de la danse en Occident est passée des danses folkloriques (le branle, la gavotte…) qui existent toujours, puis à une danse de cour avec Louis XIV qu’il a magnifié en y révélant le corps du danseur, le corps comme élément de démonstration du pouvoir. Ensuite, il y a eu la danse classique fin XVIIIe siècle mais surtout au XIXe siècle, une danse parfois liée à une littérature, mais surtout une danse qui illustrait, accompagnait. Elle n’était pas créative, elle s’est très vite enfermée dans ses codes. La grande période a vraiment été le début du XXe siècle avec les Ballets Russes et les Ballets Suédois.
Dans les années 1910, des collaborations avec des artistes comme Picabia, Picasso ou Matisse, ont réellement bousculé la pratique de la danse.
En fait, j’ai l’impression qu’on ne fait que reproduire cette chose là. On reprend cet assemblage de la danse, de la musique, des arts plastiques dans l’espace théâtral sur le plateau dans les années 1930 en Allemagne avec le Bauhaus, dans les années 1940 à 1960 aux Etats-Unis, et puis partout dans le monde depuis les années 80.
Semprecosi : comment a commencé l’aventure avec Louma ?
Je n’avais pas forcément l’idée de monter une compagnie, mais il fallait le faire sur un plan purement administratif pour pouvoir être salarié, signer des contrats et toucher des subventions. Être salarié c’est aussi un des avantages de la danse, on dispose d’un statut social ; c’est un métier et non pas seulement une activité. Une compagnie c’est un chorégraphe avec une équipe administrative, pédagogique, mais non pas une troupe, malheureusement. Pas de permanence parce que personne n’en a les moyens. Seuls les ballets ont encore ce système de fonctionnement. Au départ, je voulais lui donner mon nom, je ne voyais pas l’intérêt de faire autrement. Puis j’ai commencé à collaborer avec des gens, à produire les projets des autres (C. Triozzi, M. Poisson, T. Kooijman, M. Phelippeau. etc.). J’ai longtemps essayé de proposer de partager cette structure avec des gens afin que derrière ce nom il y ait plusieurs artistes qui puissent l’utiliser pour leurs propres créations. Mais dans ce monde individualiste les gens ont peur de se fondre dans une compagnie montée par un autre et choisissent de créer leur propre structure.
Semprecosi : parlez-nous de « Là où je ne connais personne », l’exposition qui s’est déroulée au Centre Culturel Colombier du 26 février au 13 mars 2009 et dont vous étiez le commissaire.
C’est la première fois qu’on me proposait vraiment un commissariat d’exposition. Jusque là j’avais pu créer des évènements dans lesquels il y avait parfois des expositions, mais cela était lié à des invitations que je faisais à des artistes, et dans lesquels j’étais moi-même engagé en tant qu’artiste. Dans ce cadre là, on m’a proposé ce lieu d’exposition, la galerie, et ses contraintes spatiales et temporelles, ainsi que de chercher des pièces parmi les oeuvres du FRAC. C’est en consultant leur catalogue que je me suis rendu compte que je ne connaissais personne ou plutôt : pratiquement personne. C’est de là qu’est venu le titre de l’exposition. J’ai construit le projet par rapport à ce que je voyais dans le catalogue, mais aussi par rapport à ce que j’allais développer durant la résidence au Colombier, entièrement consacrée à l’espace public. L’exposition réunissait des oeuvres témoignant d’un regard sur l’espace public et qui suggéraient la présence humaine sans jamais montrer de corps.

« Là où je ne connais personne », C.C.Colombier / FRAC, 2009
J’ai choisi d’accrocher ces oeuvres, en collaboration avec Jocelyn Cottencin, de manière à ce que le corps du spectateur soit lui-même sollicité. A l’entrée, le spectateur ne voyait rien, il y avait juste le banc de Jocelyn Cottencin qui apparaissait en partie, et sollicitait l’assise du spectateur. Une fois assis, tout se regardait depuis ce banc. Le feutre bitumé que j’ai fait installer sur le sol évoquait aussi cet espace public extérieur.

« Là où je ne connais personne » C.C.Colombier / FRAC, 2009. Performance vernissage Alain Michard et Jocelyn Cottencin
Semprecosi : pensez-vous la photographie, la vidéo, voire le texte, comme des traces imagées et pérennes de ces moments instantanés et éphémères inhérents à votre travail ?
Ce sont effectivement des traces. Mais il y a plusieurs types de traces. La plupart du temps ce qui m’intéresse c’est d’engager la photo, la vidéo ou le texte à l’intérieur d’un processus dans lequel on retrouvera à la fois du corps, de la représentation théâtrale, du travail sonore qui est très important pour moi, et de voir comment tout cela sera mixé dans un ensemble. Par ailleurs, je cherche à publier mes textes, présenter mes films ou mes photos, indépendamment des projets pour la scène.

« La coalition », Les Laboratoires d’Aubervilliers, 2004. Nicolas Losson
Semprecosi : parlez-nous un peu des films que vous avez réalisés, comme « On Air » ou « Encore chaud » …
« On Air » est un projet qui est né de la rencontre de deux artistes danseuses, Pascale Paoli et Audrey Gaisan-Doncel. Je me suis proposé de les réunir et de leur demander de raconter une série d’histoires liées à leur passé ou « fictionnées », qui témoigneraient d’une conscience du corps ; soit comment un corps, en l’occurrence féminin, se construit.
Ces récits se sont établis autour d’un travail d’interview très long avec chacune d’elles, puis d’un travail de réécriture ensemble, et ont constitué une histoire globale à reconstituer et à transmettre.
Cela est rapidement devenu un film dans lequel on a vraiment joué sur les codes du théâtre et l’évocation d’un quotidien, tout cela par une écriture véritablement cinématographique. C’est mon premier film tourné avec une vraie équipe de cinéma. Sa durée est de 43 minutes.
J’ai aussi fait plusieurs films documentaires comme « Encore Chaud ». J’accompagnais Catherine Legrand en Irlande où elle transmettait une pièce de Dominique Bagouet : « Jours étranges ». Cette question de la transmission m’intéressait beaucoup, et disposant d’une caméra je me suis donc retrouvé à filmer deux mois les irlandais et leurs discussions. J’ai réalisé plusieurs interviews et c’est devenu un documentaire. Cette matière très brute comprenant plus de trente heures de rush a donné un film d’environ une heure qui témoignait de la transmission d’une pièce. Cela s’est appelé « Encore chaud » parce que cela évoquait la mort récente de Dominique Bagouet, mort mais encore chaud… C’était un peu de l’humour noir mais j’aimais bien cette idée.
A la même époque, j’ai tourné un film en 16mm, « Ascension », sur la pièce de Boris Charmatz ; « Aatt Enen Tionon ». Il s’agit du regard d’un chorégraphe sur un autre chorégraphe, qui prend plus la forme d’un essai parlant du spectacle où mon point de vue est mis en avant.

« Ascension », film 16mm, 2000. Réalisation Alain Michard, sur la pièce de Boris Charmatz « Aatt Enen Tionon ». Interprète : Vincent Druguet
Semprecosi : quelle place tient le langage dans votre travail ? En est-il un élément central ou annexe ?
Sa place est très importante. C’est un moyen de travailler, d’activer quelque chose dans une équipe.
L’important aussi c’est la capacité, dans les pièces, de placer plus que jamais les actes au présent en faisant des commentaires sur ce qu’il se passe et en pouvant s’adresser directement au public. J’ai également fait des performances sonores à partir de textes que j’écrivais en rapport à un environnement particulier. En lisant ces textes en live dans ces lieux particuliers, j’instaurais un rapport entre ce qui avait été écrit sur un lieu et ce qui avait été restitué à ce lieu et aux gens qui y vivaient.
Dans plusieurs projets, et en particulier dans « On Air », on retrouve la notion de récit qui est pour moi très importante. Le récit arrive vraiment à cette chose extraordinaire qu’il nous fait entrer en lui.
Semprecosi : vous avez une pratique très diversifiée, mais on remarque tout de même un intérêt pré-dominant pour le mouvement du corps humain dans vos travaux. Considérez-vous celui-ci comme un objet à manipuler, ou plutôt un élément inhérent à l’espace scénique et à percevoir comme tel ?
Je ne manipule jamais personne. Je cherche plutôt à proposer des environnements dans lesquels il y a des contraintes. Les corps, dans ces environnements-là, se meuvent, vivent des expériences et nous renvoient leurs sensations, provoquant par ricochet une expérience du corps du spectateur à travers le corps du danseur. C’est vraiment une relation ; chaque corps produit quelque chose sur un autre corps. Après c’est plutôt moi qui dirige cette relation, mais la personne est totalement responsable et opérante et ceci de manière très puissante, ce qui amène parfois à une lutte contre moi-même et contre la difficulté d’opérer avec la personnalité du danseur. Mais il ne s’agit jamais que d’un corps avec une histoire, des affects dans le moment présent et il faut gérer cela, ce qui m’intéresse justement. C’est une espèce de matière, comme toutes les relations sont des matières, mais qui nous échappent beaucoup.

« Promenades Blanches », Bruxelles, festival Kanal, 2010. photo Koen Cobbaert

« Promenades blanches », Versailles, festival Plastique danse flore, 2008. photo Stéphane Buellet
Semprecosi : impliquez-vous parfois votre propre corps dans vos créations ?
C’est très rare que je ne sois pas présent physiquement, sur le plateau, devant ou derrière la caméra.

« Parkinson », théâtre de Vanves, 2008. D’après captation du spectacle
Semprecosi : parlez-nous un peu de « J’ai tout donné », votre projet au Centre Culturel Colombier réalisé pour la Biennale de Rennes de 2010, et dites-nous quel regard vous portez aujourd’hui sur cette expérience. (La Résidence était centrée sur une réflexion autour de la question: « Quelle est votre / notre histoire avec l’art ? » dans le cadre d’une Ecole Ouverte qu’il avait mis en place. ndlr)

« J’ai tout donné », C.C.Colombier/Biennale de Rennes, 2010. Performance Exposé A. Michard/ Mickael Phelippeau, Hôtel Mercure. photo Mathieu Harel Vivier
Ce projet est né de plusieurs expériences déjà réalisées autour de la notion d’histoire et de ma propre histoire également. J’ai réalisé la plupart de mes pièces en référence aux oeuvres des autres, et là, la question était de savoir comment je me suis construit au travers de celles-ci. Pour « J’ai tout donné », j’ai proposé à quatre artistes que l’on se rencontre et qu’on invente une manière de dialoguer autour de cela, de partager nos propres documentations sur des oeuvres qui nous habitent, et pour petit-à-petit construire une histoire commune.

« J’ai tout donné », C.C.Colombier/Biennale de Rennes, 2010. Performance Exposé A. Michard/ Mickael Phelippeau, Hôtel Mercure. photo Mathieu Harel Vivier
Cela a été présenté sous forme de performances, puis, dans le cadre d’ateliers, le public était invité à nous rejoindre pour produire de nouveaux documents ; les documents des documents. Ceux-ci trouvaient leur place dans une exposition qui évoluait et se recomposait sans cesse, et dont Jocelyn Cottencin et moi assurions la conception et le développement durant la Biennale.
Semprecosi : vous semblez être très préoccupé par la relation qui s’instaure entre vos projets et les spectateurs. Vos créations transmettent-elles des messages précis ou leur laissez-vous la possibilité d’imaginer ce qu’ils souhaitent ?
Je ne me suis jamais vraiment posé la question. On crée des projets parce qu’on est sensible au monde qui nous entoure, parce qu’on en dégage une réflexion philosophique ou politique par exemple. Je n’adresse pas de message mais un espace et un temps d’expérience dont le public est partie prenante.

« J’ai tout donné », C.C.Colombier/Biennale de Rennes, 2010. Performance Exposé A. Michard/ Laurent Pichaud, Hôtel Mercure. photo Mathieu Harel Vivier
Semprecosi : vous travaillez très souvent en collaboration avec d’autres personnes. Qu’est ce que ces rencontres apportent à votre travail ?
J’ai toujours fait ça et n’envisage pas de travailler autrement. Et j’étends la notion de collaboration aux interprètes que je considère comme des artistes à part entière. Quand je travaille avec quelqu’un qui fait du son je ne pense jamais que c’est un technicien mais un artiste qui a son propre univers, sa propre sensibilité, et cela participe au projet. Si ce métier me retient depuis vingt ans, c’est par sa dimension relationnelle qui remet tout le temps en question les hiérarchies et l’autorité. Chaque personne qui travaille sur un projet que je signe est auteur de ce qu’il y a réalisé.

« CouaC », TNT-Bordeaux, 2006
Semprecosi : pensez-vous oeuvrez à la construction d’une nouvelle écriture chorégraphique ?
Je travaille bien sûr avec des artistes de mon époque, toutes générations confondues qui participent eux-mêmes à la construction d’une nouvelle écriture chorégraphique ; de fait, j’y participe donc forcément.
Depuis le début, comme je ne me reconnais pas dans une certaine culture du travail chorégraphique, j’ai dû inventer mes propres manières de travailler. Je me suis orienté vers des projets tournant autour de la notion de citation en m’affirmant notamment en tant que spectateur, mais aussi vers des projets relevant de l’in-situ qui disait mon rapport au monde et ré-inventait la relation au spectateur, et sur le lien au quotidien et à l’auto-fiction en jouant avec des histoires réelles ou « fictionnées ».
En regardant le passé autrement qu’en rupture et en essayant de me dire comment je pouvais revisiter ces oeuvres d’artistes antérieures, je faisais également des expériences en mêlant les registres et rôles des interprètes et techniciens, tous acteurs (ingénieurs du son, musisciens, etc. ndlr) dans la volonté d’être au plus près de ce que je ressentais, d’une universalité.
Le rapport que j’ai aujourd’hui aux arts plastiques participe à une nouvelle écriture chorégraphique. Mais ces écritures sont nombreuses et je ne me situe pas forcément dans les tendances dominantes de la danse contemporaine, qui pourraient, justement, se penser comme de nouvelles écritures chorégraphiques.
Semprecosi : quels sont vos projets actuels ?
Le principal est une pièce : « J’ai tout donné », dans laquelle il y a une partie dansée très consistante où je m’engage physiquement et sans parole sur cette histoire de mémoire, de tout ce qui s’est accumulé en moi. Parallèlement je réalise une série de films sous le titre « En danseuse », un dialogue filmé avec des chorégraphes dans leur corps et leur histoire de danseurs, selon un dispositif cinématographique précis et très contraint. Certains de ces films sont présents dans la pièce « J’ai tout donné ».

« J’ai tout donné », Musée de la danse, Février 2011. Images de répétition. Crédits photographiques : Camille Planeix
Et il y a une troisième partie, un concert, qui est un peu comme l’aboutissement de concerts précédents sur Daniel Johnston, un musicien qui m’a toujours accompagné dans mon travail. Je me reconnais dans sa manière toujours à la limite de la fausse note, de la chute, de l’accident, une forme de virtuosité dans la fragilité. Il est prolifique et ne parle que d’amour désespéré. Mais il est bien plus borderline que moi.
Rédactrice : Maëva Blandin
Photographes : Camille Planeix, Koen Cobbaert, Stéphane Buellet, Mathieu Harel Vivier
LIEUX COMMUNS

L’atelier Lieux Communs a été créé en 2001 comme une plate-forme de travail qui associe la production graphique, la recherche typographique et la publication. A travers leurs projets, le duo formé par Jocelyn Cottencin et Richard Louvet questionne le statut du graphisme et de l’objet de communication dans l’espace public.
Semprecosi : Pouvez-vous expliquer ce qu’est Lieux Communs ?
Jocelyn Cottencin : Je fondé Lieux Communs comme un prolongement assez logique de ma pratique artistique et de ma relation aux arts visuels et au graphisme. Je travaille avec Richard Louvet depuis 2004. C’est une structure assez ouverte où nous collaborons avec d’autres artistes. Nous essayons de penser le graphisme comme un élément par essence de connexion. Nous travaillons avec des personnes liées à des milieux différents, du coup c’est forcément un lieu de croisement. En France, il y a une culture graphique un peu particulière. On nous voit plutôt comme des directeurs artistiques. L’essentiel pour nous c’est d’avoir des espaces de création. Puis surtout, de travailler pour des gens qui nous motivent, dans un échange à la fois sur la forme et sur le fond, comme avec Larys Frogier ou l’École d’art de Quimper.

Semprecosi : Comment est né votre collaboration ?
Richard Louvet : Je connaissais Jocelyn depuis pas mal de temps. Nous avons repris contact pour que je l’assiste sur un projet de scénographie en 2004. Ce projet en a amené un autre, et petit à petit nous avons commencé à collaborer sur des projets graphiques, jusqu’à s’associer sur la totalité des projets de Lieux Communs en 2006.

Semprecosi : Quels sont les liens qui s’établissent entre votre pratique artistique et votre travail de designer graphique ?
JC : C’est plutôt un rapport aux arts appliqués, qui me semble être un moyen d’intervenir aux différents endroits de la société.
RL : J’ai une pratique photographique individuelle et collective. Au sein du BIP, le Bureau d’Investigation Photographique, qui regroupe sept photographes. Le BIP a été crée en 2005, tout d’abord dans le but d’échanger autour de la pratique photographique. Puis, des projets extérieurs sont venus s’y greffer. La photographie est un domaine que je n’exploite pas encore beaucoup au sein de Lieuxcommuns, qui est surtout porté sur la question typographique. Mais, il y a des choses à inventer autour de ça.
JC : La typographie est plus lié à ma pratique. Ce serait intéressant que la photographie, qui plus lier à la pratique de Richard, intervienne au sein de Lieux Communs. Afin qu’elle trouve un espace de dialogue avec la typographie, pour brouiller encore plus les pistes !

Semprecosi : Comment se mettent en place les collaborations entre Lieux Communs et des créateurs venant d’autres domaines ?
JC : Cela concerne davantage mon travail de plasticien. Avec Lieux Communs c’est surtout sur le champs éditorial que nous pouvons collaborer. Actuellement, nous travaillons à la réalisation d’un livre avec le chorégraphe Alain Michard, qui retrace son projet « Les Promenades Blanches ». Nous intervenons vraiment à la fois comme des partenaires artistiques sur le projet éditorial et en tant que designers pour développer le projet d’édition.

Semprecosi : Quelle place occupe l’édition au sein de Lieux Communs ?
RL : Lieuxcommuns s’est monté sur un projet éditorial qui a toujours perduré, même s’il y a eu des périodes avec très peu de publications. Nous souhaitons que l’édition redevienne un peu plus présente. Jusqu’alors nos projets étaient souvent autofinancés. Nous essayons de trouver des solutions pour porter ou générer davantage de projets éditoriaux.
JC : En 2001, quand Lieux Communs a démarré, j’avais vraiment envie que l’édition soit un espace de croisement, soit en sortant nos propres expérimentations éditoriales, soit en travaillant avec des gens proche de nous. On pourrait dire qu’il y a deux grandes familles : les livres d’artistes et les catalogues d’exposition.
RL : Un des nerfs de la guerre c’est la diffusion. C’est là où nous bloquons, où nous sommes en questionnement.
JC : Après il y a des objets, qui ont toutes les caractéristiques d’un naufrage d’édition. Ils sont cher à produire, ils ne rentre pas dans les cadres, mais qui deviennent des succès. En 2003, nous avons travaillé avec la chorégraphe Nathalie Collantes. Elle avait envie de faire un livre pour enfant sur le mouvement. Finalement beaucoup de structures culturelles s’appuie sur « J’ai dix orteils ». Aujourd’hui, il est épuisé et nous nous demandons si nous allons le rééditer.

Semprecosi :Quelles sont vos derniers projets ?
JC : Nous avons trois livres en préparation, « Les Promenades Blanches » avec Alain Michard, une monographie avec le chorégraphe Loïc Touzé et un projet avec l’association Au bout du Plongeoir, une plate-forme artistique basée à Thorigné-Fouillard.

Semprecosi :Quel est le projet qui a donné naissance au livre « Pimp my life » ?
RL : À la base, c’était une résidence de Jocelyn dans un lycée professionnel à Chaumont. C’est devenu un projet de Lieux Communs et une édition. Nous sommes allés faire ce workshop ensemble en 2009. Nous avons travaillé sur le dessin et des thématiques de regroupement entre leur milieu professionnel et personnel, que nous avons scindé en différentes catégories : film, voiture, musique, fantastique, super héros, horreur, cartoon, gangster…
JC : En fait, c’est la grotte de Lascaux. Nous intervenions avec une thématique qui était le geste premier. C’était la première fois que nous travaillions avec les élèves d’un lycée technique et eux avec des artistes. Il y a toujours cette réflexion sur notre environnement et sur la façon de mettre en circulation une image. La proposition est partie du fait qu’ils se trouvent dans un contexte difficile, dans lequel ils ne sont pas toujours valorisés. Pourtant, comme tout le monde, ils consomment des images, et dans leur cadre professionnel, ils ont aussi toute une codification.
RL : Effectivement, ils sont dans un environnement extrêmement codifié et symbolique. Avec des machines, des représentations schématiques. Nous confrontions un peu leurs deux univers, professionnel et de jeunes adultes.
JC : Le dessin est la chose la plus archaïque qui soit, par cette action basique nous essayons d’intégrer ce que nous voyons. C’était une proposition choquante dans le sens où c’était compliqué. Les élèves se sont demandés pourquoi ne pas faire de la photographie. Pour moi c’était un état du monde à un moment donné, un ensemble de jeunes qui ont dessiné leurs références. C’est à la fois un livre d’artiste, d’histoire, de sociologie, de dessin… Il est structuré comme un codex, un peu comme leurs manuels de travail : un dessin, une catégorie, un index. Nous les avons laissé nommer les images. Par exemple « perceur braqueur », il y a un décalage qui se produit par rapport à l’image, elle peut évoquer autre chose.

Semprecosi : Pouvez-vous nous parler de votre travail sur l’identité visuelle de la Criée ?
JC : Lieux Communs a été retenu en 2007 pour réaliser l’identité graphique de la Criée dans le cadre d’une commande publique. Ce projet était un moyen de mettre en circulation une image particulière. Nous avons conçu une série de typographies en lien avec le nouveau projet mis en place par le directeur de la Criée Larys Frogier. Le lieu d’exposition n’était plus central mais devenait une des quatre plates-formes du centre d’art : Prospectives (conférences, recherche), Territoires en création (projets en lien avec la population), Des rives continentales (projets européens et internationaux) et Art au centre. Finalement presque tous les centres d’art aujourd’hui sont passé d’un schéma assez traditionnel, celui du « white cube », à quelque chose de beaucoup plus multiple et fractionné, où l’exposition n’est plus le format central. Nous sommes demandé ce que pouvait être la notion de « white cube » en graphisme aujourd’hui. Pour le texte courant, nous sommes partis du caractère Helvetica que nous avons altéré. Un des contours est non lissée afin de redonner de l’aspérité à cette typographie très lisse. Nous avons conçu une police de titrage différente pour les quatre plates-formes, en jouant avec des références artistiques. Par exemple Fontana versus Maïdena, Fontana est un artiste italien des années 50, très connu pour ses monochromes et Maïdena est un designer du génératif, de l’aléatoire. C’est un peu comme si l’espace que nous ouvrions était un entre-deux. Nous avons joué sur l’altérité et la variation plutôt que sur une identité unique. Le dernier élément important de ce projet c’est l’affiche. Nous avons eu de longues discussions avec Larys Frogier sur le rôle de l’identité et de l’affichage. Une affiche, c’est communiquer, transmettre une information, mettre une image en circulation. Il nous semblait dommage qu’un centre d’art ne procède pas à un travail particulier concernant la conception des affiches. En fait, nous avons proposé deux affiches, disposées aléatoirement dans la ville, un tiers avec les informations et deux tiers avec une image.

Semprecosi :Afficher une image sans texte, c’est une manière d’interroger les passants ?
JC : Il a y plusieurs dimensions. C’est mettre dans la ville une image qui n’a pas besoin d’explications, mais qui se confronte à l’environnement urbain, aux gens. C’est déjà une intervention de l’artiste dans la ville qui nous semble très stimulante. La première affiche était assez forte. Effectivement, quand nous mettons une affiche comme ça dans la ville, sans explication, ça génère des questions, potentiellement du débat ou de l’incompréhension. Peut-être que le travail de Lieux Communs se place beaucoup sur le statut de l’objet de communication et du graphisme. Qu’est-ce que nous mettons en circulation ? Quel est le poids du message ? Quel est le rôle du graphiste ? Ce projet avec la Criée est une bonne manière d’illustrer notre travail.

Semprecosi : Travaillez-vous majoritairement avec des centres culturels ?
JC : Ce n’est pas une volonté. Nous travaillons aussi pour le monde de la musique. Nous avons récemment collaboré avec le label Anticon. Nous avons conçu un vinyl pour le groupe Depth Affect. Notre travail a des points communs avec le leur, dans le sens où il est difficilement classable. En fait, nous travaillons beaucoup par affinité, souvent avec des associations qui peuvent avoir une action sociale, comme l’association rennaise Tout Atout, ou l’Association de la cause Freudienne, qui réunie des psychologues et des psychanalystes. À chaque fois c’est un dialogue, un engagement. Ce sont des personnes qui sont impliquées dans la société civile.
RL : Le projet avec l’Antipode est un peu dans cette logique de travailler avec des associations socio-culturelles. C’est une salle de musique mais aussi une MJC, avec des moyens qui ne sont pas ceux d’un centre chorégraphique ou d’un musée. L’Antipode n’avait pas de graphistes. Ils étaient dans une logique de valorisation de leurs outils autour de la musique actuelle et en même temps d’affirmation de leur projet social. Ils nous choisis en nous demandant de leur faire une nouvelle proposition. Ils étaient intéressés par le dialogue que nous amorcions avec eux, mais la proposition que nous leur avions faite, était un peu trop jusqu’au-boutiste graphiquement. Nous réalisons leurs documents de communication, avec des coûts qui sont pas ceux du marché. Nous savons qu’ils ont des budgets limités. Mais nous livrons surtout une identité, ils ont besoin d’autonomie donc nous leur fournissons des outils. Tous les petits documents ce sont eux qui les produisent, à partir de gabarits et de typographies que nous avons conçus.

Semprecosi : Quels sont vos projets actuellement ?
JC : Nous avons récemment conçu un système graphique pour l’École des beaux-art de Quimper. Actuellement, nous développons un projet assez complexe sur leur site internet. En fait, il y a trois niveaux d’interface : le site de communication de l’école, le site interne, qui est une plate-forme d’échange entre les étudiant et l’administration, et le site expérimental. Le site expérimental est encore un blog. Nous sommes en atelier avec des étudiants de l’école jusqu’au mois de mai. Ce blog est donc une zone d’échange entre nous, les étudiants et Karine Le Brun, la professeur de multimédia. Nous réfléchissons sur ce que pourrait être un site expérimental, un atelier multimédia, sur les questions relatives à l’espace numérique. Aujourd’hui, l’espace multimédia est un espace de travail à part entière pour eux. Avec Richard, nous avons développé l’idée qu’un site expérimental pourrait être une manière de rendre visible une pensée en cours et pas forcément l’objet fini, de voir le processus du montage d’une exposition par exemple.

Rédactrice : Elsa LEBAS
Photographe : Emilie LETUR
Diplômes d’étudiants | ERBA & LISAA | 2010
ERBA RENNES Un aperçu des diplômes DNSEP promotion 2010.

DNSEP DESIGN
Valerian Le Goalec
Rythme & processus. Une analyse du processus de création, le langage de la forme et la modulation d’objets.


DNSEP COMMUNICATION mention DESIGN GRAPHIQUE
Valery Ly
Les nouvelles technologies au service de nouveaux mode de lecture.


DNSEP COMMUNICATION mention EDITION
Julien Marty
Un univers graphique et plastique autour de la poésie des ruines et des dents creuses dans la ville.


LISAA RENNES Un aperçu des diplômes promotion 2010.

DIPLOME DE CONCEPTEUR DESIGNER GRAPHIQUE
Baptiste Péron
« Get Flavor Records »: travail et recherches sur la communication d’un label de musique électronique.
Consultez son carnet de recherches


DIPLOME D’ARCHITECTURE INTERIEURE ET DESIGN D’ENVIRONNEMENT
Benjamin Delais
« Holow »: concept d’ensemble de 4 logements sociaux saisonniers qui seraient proposés aux villes touristiques désirant ouvrir leurs portes à une autre clientèle et de proposer un tourisme écologique. Impact minimum sur l’environnement. Autonomie en énergie. Faible coût de construction.
« Le vélociste »: centre de promotion dédié au mouvement “fixie”, vélo à pignon fixe. Réhabilitation d’un ancien garage réunissant magasin, atelier de réparation, salle d’exposition.
« Alvéolaire »: pochette pour MacBook et MacBook Pro équipée de capteurs photovoltaïques pour recharger l’ordinateur où que l’on soit. Housse en papier Tyvek indéchirable. Structure en nid d’abeilles.
« BiKart »: panier gonflable pour vélo pliant pour faciliter et accompagner les déplacements des plaisanciers une fois sur la terre ferme avec un encombrement minimum sur le bâteau.

DIPLOME D’ARCHITECTURE INTERIEURE ET DESIGN D’ENVIRONNEMENT
Rachel Briot
« Remove »: mon projet répond au souci de mobilité des personnes accidentées sur la plage. Je propose une remorque qui s’accroche à la selle de n’importe quel vélo. Cet assemblage est à disposition des secouristes pour permettre un lien plus pratique et un transport plus simple des blessés vers les postes de secours du littoral et des plages.
« Les écuries St. Georges, squats pour artistes »: mon projet consiste en la réhabilitation de l’ancienne faculté dentaire, place du Pasteur, à Rennes. Tant que la ville ne sait pas quoi faire de cet emblème imposant, je propose d’y installer des squats pour artistes. Mon concept est basé sur la faille et la fissure. Chaque artiste s’approprie un espace. C’est un lieu de brassage artistique et d’échange.
« Jeu de lin »: mon projet répond au souci de propreté des points d’accroche des transports en communs. J’ai créé un bracelet dépliable en gant de protection. J’apporte un aspect esthétique, olfactif (microencapsulation), et hypoalergénique (caractéristique du lin) dans un milieu urbain.
« Un bar en 2050″: mon projet consiste à répondre au problème de la montée des eaux sur les plages de la Baule – Escoublac. Suite à plusieurs intempéries, les bars et restaurants de plage sont menés à disparaitre. J’y apporte une solution architecturale afin de pouvoir continuer à apprécier d’aller boire un verre ou manger en bord de mer.
Photographes : Cynthia TONNERRE
Anne TEXIER
Hélène BIOUX
DAVID ZÉRAH

Issu d’un parcours artistique à l’école des Beaux-Arts de Nantes et de Rennes, David Zérah développe une pratique photographique où le hasard et l’accident semblent côtoyer une intention visible de séduire ou de se perdre dans un corpus de citations littéraires et de sens cachés trop intimes pour les avouer. Il nous ouvre aujourd’hui les portes de son atelier pour nous en dévoiler quelques facettes …


Semprecosi : pouvez-vous me décrire votre atelier ?
Mon atelier, c’est à la fois un lieu de vie et de travail, je ne distingue pas les deux. Après mes études, j’ai obtenu un atelier-logement de la ville de Rennes et je n’ai jamais vraiment dissocié ma pratique artistique de mon lieu de vie. Il y a plusieurs années, j’ai proposé de faire de mon atelier un lieu de création en proposant une invitation à des artistes de Glasgow intitulée Bed & Workshop. L’invitation et l’échange étaient alors plus importants que la production elle-même, et ce fut une expérience artistique et personnelle très stimulante.


Semprecosi : vous exposez actuellement à LENDROIT, et ceci jusqu’au 26 Mars, en parallèle à cette exposition, vous avez édité un petit ouvrage photographique, pouvez-vous nous parler de ces deux procédés de monstration ?

Lendroit galerie est d’abord un lieu alloué à l’édition et c’est en ce sens que je souhaitais collaborer avec Mathieu Renard son responsable. Presque au même moment, le Centre d’art de la Criée et son directeur Larys Frogier me proposaient une aide à la production. L’idée de faire une exposition à Lendroit et de coproduire l’édition c’est fait naturellement. Cette édition est ma première monographie couleur et j’ai souhaité privilégier des jeux d’images autour de la notion de bugs. Pour ce qui est des photographies de l’exposition, les prises de vues ont été réalisées pendant une résidence à Annecy en 2007. Le carton d’invitation, reflète bien l’échange de ce projet.


Semprecosi : aujourd’hui, tout le monde pratique la photographie, c’est une question de nouvelles technologies avec du matériel de plus en en plus performant et de plus en plus accessible, je souhaitais savoir comment vous, vous considériez votre pratique dans ce contexte de photographie un peu facile à réaliser et à montrer. Et comment travaillez-vous concrètement, vous faites des repérages, vous étudiez les compositions ?

Effectivement, aujourd’hui, nous sommes « Tous photographes » comme l’a démontré William A. Ewing directeur du Musée de L’Elysée Lausanne. En ce qui me concerne, il n’y a à proprement parler pas de repérages photographiques. J’observe le réel qui m’entoure en permanence et je fais des choix. Parfois un lieu devient un repérage parce que j’y retourne. Ces choix sont en lien avec des situations de déjà-vu dans un imaginaire commun ce référent à des peintures ou à des films. Tout ce qui est d’ordre intime et personnel est non-dit ou détourné de son contexte originel. Je crée une mise à distance et je donne des indices pour que chaque spectateur construise son histoire et le renvoie à ses propres sentiments ou expériences. Dans la publication « amazing bugs » c’est un ensemble de situations imaginaires et réelles que je mixe ensemble.
Semprecosi : c’est assez amusant que vous utilisiez justement ce mot « détourné », car dans les photographies que vous exposez à Lendroit, on peut observer une mariée qui tourne le dos, des jeunes filles également de dos, qu’est ce que vous souhaitez dire par là ?


Outre l’aspect du droit à l’image, mais qui me semble accessoire ici car je ne présente pas des gens dans des contextes ou des attitudes qui pourraient nuire à leur « intégrité ». Je suis comme je vous le disais tout à l’heure un observateur mais aussi un réalisateur d’image. Dans le cas du diptyque « A Fairy Duet », celui avec ces deux filles, je me suis retrouvé dans une situation où j’ai eu l’impression de vivre deux fois le même moment, ce qui était un peu troublant. C’est un phénomène qui se ressent parfois avec la fatigue. Il y a comme un retard entre la situation vue et sa perception sensible. Quant à la photo « vin d’honneur », elle est entièrement construite et fait partie du projet que j’ai réalisé en résidence. Le choix de cette image correspond à l’attitude de mes interlocuteurs à l’époque pour ce projet et à une situation personnelle tendue. Mes choix d’images sont également le résultat d’une gestation. Une photographie peut rester dans mes archives pendant des années et un jour je vais en mettre une en relation avec une autre et cela aura alors du sens.
Semprecosi : c’est une grande question qu’est celle du choix d’images, l’Editing a beaucoup d’importance. Est-ce que c’est quelque chose de difficile pour vous en général, et sur cette exposition en particulier ?

Le choix d’images n’a pas été trop compliqué pour cette exposition, parce que, de façon très pragmatique, il s’agissait de présenter les tirages produit et l’édition. Toutes les photographies de l’édition avaient été déjà sélectionnées pour la page d’accueil de mon site Internet depuis trois-quatre ans.
Semprecosi : le choix du titre a beaucoup d’importance, pouvez-vous nous expliquer dans un premier temps comment vous faites votre choix et la signification de ceux-ci ? et pourquoi des titres en anglais ?

Le choix d’un titre en anglais est entendu à la fois comme un cadre à la photographie et une digression. C’est un référent hors du champ de l’image dont le sens est de dire autre chose ailleurs. C’est affirmer un espace poétique, un décalage, un espace impossible à traduire. Le titre de l’exposition à Lendroit n’est pas en anglais, mais utilise ce même principe. J’ai codé le mot blabla en langage de programmation Ook qui est une variante du brainfuck ! Cela signifie que dans mon travail, tout acte autour de mes images est indissociable de ce qui est à voir.
Semprecosi : aans ce cas précis, nous pouvons aborder le thème du statut, vous considérez-vous d’avantage comme un artiste, un photographe plasticien ?

La question du statut n’est pas fondamentale parce que j’ai remarqué qu’à chaque fois que j’abordais un médium, je ne questionnais ni sa fonction ni son histoire. Mon travail artistique est un ensemble d’interconnexions de sens, de formes, de références reliées les unes aux autres où je vais introduire des notions de hasard en filigrane : le titre « A Fairy Duet » a été choisi en ouvrant une page du livre de Lewis Carroll, Alice aux Pays des Merveilles.

Semprecosi : vos photographies rappellent souvent des images des années 1960, retouchez-vous les couleurs de vos images ?

Non, je ne retouche pas mes photographies. Il y a une unité dans les images, dans une gamme que le tireur du laboratoire a jugée bon d’interpréter avec mon accord.


Semprecosi : quels sont vos nouveaux projets ?
Je travaille actuellement avec la curatrice Patricia Fleming sur un projet de résidence en ligne pour « social landscape » afin d’approfondir les échanges culturels entre les artistes de Rennes et Glasgow. J’ai proposé de faire une série de portraits photographiques et vidéo d’artistes de Rennes et de Glasgow dans leur voiture. Chaque artiste parlera quelques minutes de son travail dans ce contexte. J’ai trouvé l’inspiration dans la serie LA artists in their cars réalisée 1963 par Joe Goode. A Glasgow, les prises de vues et film seront réalisées par un artiste local debut avril via un appel à projet sur Central Station et de mon coté je réaliserai localement les photographies et les interviews avec l’aide de Sébastien Ménard et sa web TV 23h60, ici à Rennes. J’ai préparé une serie de question que j’ai découpée dans des « Galerie Magazine » des années 1989/1990 pour l’encadrement des interviews. Ces interviews seront éditées et présentées ensemble pendant le festival Glasgow International le 18 avril 2010 et pendant la Biennale de Rennes à partir du 30 avril. Je serai à Glagow quelques jours pour suivre la présentation du projet.

Rédactrice et photographe : Émilie GUHUR
VINCENT MENU


Sempre Cosi : Quelle formation avez-vous ?
Vincent Menu : J’ai fait les Arts Décoratifs à Strasbourg en graphisme.

Quels sont les champs d’intervention d’un graphiste ?
Je résonne sur les projets de commande. J’interviens dès la création jusqu’au choix du papier et celui du visuel …

Dans quel cadre travaillez-vous?
Je travaille surtout dans le cadre des commandes, mais j’ai aussi d’autres types de projets plus personnels. Il y a une vraie interaction entre mes projets personnels et mes commandes; les premiers nourrissent les seconds.

Comment concevez-vous l’image ?
Dans mes travaux, l’imaginaire est très présent. Je conçois l’image comme le lieu de cette rencontre avec le spectateur. L’image doit créer un espace où l’on se perd, et se raconte une histoire. Cette idée j’aimerais la développer dans des images sous forme d’affiche. Ce serait des affiches refuges, des mondes complètement virtuels et complètement inventés.
Dans ce travail pour le festival de poésie et musique contemporaine, je développe des jeux optiques. Je pense le signe comme une écriture, rythmé et sonore dans l’image. Cette ligne se développe depuis plusieurs années. C’est un travail de réinterprétation de l’art cinétique.

Sempre Cosi : Quelle place donnez vous à la typographie?
La typographie est un élément très fort. Son choix n’est jamais anodin, afin de personnaliser et renforcer un concept, j’adapte souvent des typographies dans mes projets. J’en crée aussi quelques unes. En ce moment je travail sur un projet de création d’une typographie pour un auteur contemporain Anne-James Chaton. Celle-ci va lui servir de matériau d’écriture, ça sera différente adaptation de l’helvetica, avec des transformations et des rajouts de signes.
Quelles sont les différentes étapes de création?
Tout commence autours d’une discussion, d’un échange avec le responsable du projet, après cela j’ai un temps de réflexion.

Quels sont vos outils ?
Je réalise mes projets avec l’outil informatique, et parfois aussi en utilisant la photo. Ce sont des choses très simples.

Quels sont les plasticiens qui vous influencent ?
Je réinterprète l’art cinétique, utilise ce langage qui absorbe le regard. Je donne quelques pistes de compréhension après c’est l’imaginaire qui fait son chemin. Je suis du côté de l’interrogation du regard et non celui de la séduction. J’ai le souci de rester au plus près du sujet qui m’a été confié. J’essaie de rentrer dans le système de création du lieu ou celui de la commande.

Parlez nous de votre travail pour la Compagnie La Spirale ?
Mon travail suit leur évolution stylistique dont l’écriture est devenue plus contemporaine. Cela consiste à réinterpréter l’image, le signe ici est en lien avec leur nom. Le but est de créer une vraie identité.
Quelle place occupe le symbolique ?
La représentation optique crée le lien avec l’idée symbolique de la forme. Elle exprime le côté infini, de cet infini le petit grandit. Son esprit labyrinthique transpire de cette idée et en rapport avec la création et les recherches de la Compagnie. Le côté abstrait du signe offre une plus grande liberté au regard.
Comment choisissez-vous le support papier ?
Ici pour la Compagnie on est sur un papier offset qui privilégie le toucher.
On retrouve cet aspect de votre travail pour l’Espace Mica n’est ce pas?
Chez Mica, l’idée était d’instaurer une écriture. On retrouve ces jeux à travers la perspective à travers l’espace qui suggère le thème de l’exposition. On peut le voire à travers l’exemple de l’affiche intitulée Hibernation qui est composée de motifs ovoïdes, formes libérés de sa figuration primitive.
Vous créez aussi des sites internet ?
Oui, dans ce cas précis c’est un travail d’équipe, où je suis chargé de la maquette du côté esthétique de l’image, c’est ensuite le programmeur qui, lui, donne vie à la base de donnée.
Parlez nous de votre collaboration avec le théâtre La Paillette à Rennes.
La particularité du lieu c’est qu’il est composé d’une Mjc et d’un théâtre. Par conséquent son identité au départ était très Mjc.
Le logo était d’ailleurs une maison avec un œil traité à l’aquarelle. Il a fallu tout repenser pour que cette idée devienne un signe très simple, différent d’un logo ordinaire. A travers le jeu typographique noir et blanc, on retrouve la dualité et la complémentarité du lieu. Ce jeu graphique aléatoire instauré permet aux signes d’identifier chaque spectacle et de donner une unité à l’ensemble.
Il va à l’essentiel, restant simple et lisible immédiatement, il crée un langage ludique et créatif. La suite d’images anime l’ensemble. Le signe permet de casser les frontières ce qui favorise l’arrivée de l’information. Le choix du signe est pensé en rapport avec l’identité du spectacle; J’essaie d’offrir une identité complète au lieu. A la fin de ce programme, on retrouve le langage résultant de la somme des signes : celui de la saison présentée.
Je conçois aussi Le Canard journal trimestriel du théâtre de La Paillette. Le jeu consiste à décliner toutes images le représentant. Jouer sur le mot canard, et son lien à l’image donne une note d’humour au journal.
Parlez nous du festival Méliscènes.
C’est un festival de marionnettes contemporaines. L’idée de départ était de faire une image composée d’objets hybrides, totalement décalé, un mélange des différents univers de tout de tout. Pour cela, je récupère des photos sur Google (avant c’était des photos que je prenais moi même). L’idée de récupérer des images, de les manipuler m’a tout de suite intéressé. La planche finie était à découper par les gens qui faisaient eux-mêmes des propositions plastiques.
Est-ce qui il y a un rapport esthétique avec le festival ?
Oui ces spectacles ont un aspect déjanté et hybrides comme les compositions proposées.

Photos et propos recueillis par Cloé Desmons.


