LIEUX COMMUNS

mars 29, 2011 by Elsa  
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Lieux communs

L’atelier Lieux Communs a été créé en 2001 comme une plate-forme de travail qui associe la production graphique, la recherche typographique et la publication. A travers leurs projets, le duo formé par Jocelyn Cottencin et Richard Louvet questionne le statut du graphisme et de l’objet de communication dans l’espace public.

Semprecosi : Pouvez-vous expliquer ce qu’est Lieux Communs ?

Jocelyn Cottencin : Je fondé Lieux Communs comme un prolongement assez logique de ma pratique artistique et de ma relation aux arts visuels et au graphisme. Je travaille avec Richard Louvet depuis 2004. C’est une structure assez ouverte où nous collaborons avec d’autres artistes. Nous essayons de penser le graphisme comme un élément par essence de connexion. Nous travaillons avec des personnes liées à des milieux différents, du coup c’est forcément un lieu de croisement. En France, il y a une culture graphique un peu particulière. On nous voit plutôt comme des directeurs artistiques. L’essentiel pour nous c’est d’avoir des espaces de création. Puis surtout, de travailler pour des gens qui nous motivent, dans un échange à la fois sur la forme et sur le fond, comme avec Larys Frogier ou l’École d’art de Quimper.

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Semprecosi : Comment est né votre collaboration ?

Richard Louvet : Je connaissais Jocelyn depuis pas mal de temps. Nous avons repris contact pour que je l’assiste sur un projet de scénographie en 2004. Ce projet en a amené un autre, et petit à petit nous avons commencé à collaborer sur des projets graphiques, jusqu’à s’associer sur la totalité des projets de Lieux Communs en 2006.

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Semprecosi : Quels sont les liens qui s’établissent entre votre pratique artistique et votre travail de designer graphique ?

JC : C’est plutôt un rapport aux arts appliqués, qui me semble être un moyen d’intervenir aux différents endroits de la société.

RL : J’ai une pratique photographique individuelle et collective. Au sein du BIP, le Bureau d’Investigation Photographique, qui regroupe sept photographes. Le BIP a été crée en 2005, tout d’abord dans le but d’échanger autour de la pratique photographique. Puis, des projets extérieurs sont venus s’y greffer. La photographie est un domaine que je n’exploite pas encore beaucoup au sein de Lieuxcommuns, qui est surtout porté sur la question typographique. Mais, il y a des choses à inventer autour de ça.

JC : La typographie est plus lié à ma pratique. Ce serait intéressant que la photographie, qui plus lier à la pratique de Richard, intervienne au sein de Lieux Communs. Afin qu’elle trouve un espace de dialogue avec la typographie, pour brouiller encore plus les pistes !

Lieux communs

Semprecosi : Comment se mettent en place les collaborations entre Lieux Communs et des créateurs venant d’autres domaines ?

JC : Cela concerne davantage mon travail de plasticien. Avec Lieux Communs c’est surtout sur le champs éditorial que nous pouvons collaborer. Actuellement, nous travaillons à la réalisation d’un livre avec le chorégraphe Alain Michard, qui retrace son projet « Les Promenades Blanches ». Nous intervenons vraiment à la fois comme des partenaires artistiques sur le projet éditorial et en tant que designers pour développer le projet d’édition.

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Semprecosi : Quelle place occupe l’édition au sein de Lieux Communs ?

RL : Lieuxcommuns s’est monté sur un projet éditorial qui a toujours perduré, même s’il y a eu des périodes avec très peu de publications. Nous souhaitons que l’édition redevienne un peu plus présente. Jusqu’alors nos projets étaient souvent autofinancés. Nous essayons de trouver des solutions pour porter ou générer davantage de projets éditoriaux.

JC : En 2001, quand Lieux Communs a démarré, j’avais vraiment envie que l’édition soit un espace de croisement, soit en sortant nos propres expérimentations éditoriales, soit en travaillant avec des gens proche de nous. On pourrait dire qu’il y a deux grandes familles : les livres d’artistes et les catalogues d’exposition.

RL : Un des nerfs de la guerre c’est la diffusion. C’est là où nous bloquons, où nous sommes en questionnement.

JC : Après il y a des objets, qui ont toutes les caractéristiques d’un naufrage d’édition. Ils sont cher à produire, ils ne rentre pas dans les cadres, mais qui deviennent des succès. En 2003, nous avons travaillé avec la chorégraphe Nathalie Collantes. Elle avait envie de faire un livre pour enfant sur le mouvement. Finalement beaucoup de structures culturelles s’appuie sur « J’ai dix orteils ». Aujourd’hui, il est épuisé et nous nous demandons si nous allons le rééditer.

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Semprecosi :Quelles sont vos derniers projets ?

JC : Nous avons trois livres en préparation, « Les Promenades Blanches » avec Alain Michard, une monographie avec le chorégraphe Loïc Touzé et un projet avec l’association Au bout du Plongeoir, une plate-forme artistique basée à Thorigné-Fouillard.

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Semprecosi :Quel est le projet qui a donné naissance au livre « Pimp my life » ?

RL : À la base, c’était une résidence de Jocelyn dans un lycée professionnel à Chaumont. C’est devenu un projet de Lieux Communs et une édition. Nous sommes allés faire ce workshop ensemble en 2009. Nous avons travaillé sur le dessin et des thématiques de regroupement entre leur milieu professionnel et personnel, que nous avons scindé en différentes catégories : film, voiture, musique, fantastique, super héros, horreur, cartoon, gangster…

JC : En fait, c’est la grotte de Lascaux. Nous intervenions avec une thématique qui était le geste premier. C’était la première fois que nous travaillions avec les élèves d’un lycée technique et eux avec des artistes. Il y a toujours cette réflexion sur notre environnement et sur la façon de mettre en circulation une image. La proposition est partie du fait qu’ils se trouvent dans un contexte difficile, dans lequel ils ne sont pas toujours valorisés. Pourtant, comme tout le monde, ils consomment des images, et dans leur cadre professionnel, ils ont aussi toute une codification.

RL : Effectivement, ils sont dans un environnement extrêmement codifié et symbolique. Avec des machines, des représentations schématiques. Nous confrontions un peu leurs deux univers, professionnel et de jeunes adultes.

JC : Le dessin est la chose la plus archaïque qui soit, par cette action basique nous essayons d’intégrer ce que nous voyons. C’était une proposition choquante dans le sens où c’était compliqué. Les élèves se sont demandés pourquoi ne pas faire de la photographie. Pour moi c’était un état du monde à un moment donné, un ensemble de jeunes qui ont dessiné leurs références. C’est à la fois un livre d’artiste, d’histoire, de sociologie, de dessin… Il est structuré comme un codex, un peu comme leurs manuels de travail : un dessin, une catégorie, un index. Nous les avons laissé nommer les images. Par exemple « perceur braqueur », il y a un décalage qui se produit par rapport à l’image, elle peut évoquer autre chose.

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Semprecosi : Pouvez-vous nous parler de votre travail sur l’identité visuelle de la Criée ?

JC : Lieux Communs a été retenu en 2007 pour réaliser l’identité graphique de la Criée dans le cadre d’une commande publique. Ce projet était un moyen de mettre en circulation une image particulière. Nous avons conçu une série de typographies en lien avec le nouveau projet mis en place par le directeur de la Criée Larys Frogier. Le lieu d’exposition n’était plus central mais devenait une des quatre plates-formes du centre d’art : Prospectives (conférences, recherche), Territoires en création (projets en lien avec la population), Des rives continentales (projets européens et internationaux) et Art au centre. Finalement presque tous les centres d’art aujourd’hui sont passé d’un schéma assez traditionnel, celui du « white cube », à quelque chose de beaucoup plus multiple et fractionné, où l’exposition n’est plus le format central. Nous sommes demandé ce que pouvait être la notion de « white cube » en graphisme aujourd’hui. Pour le texte courant, nous sommes partis du caractère Helvetica que nous avons altéré. Un des contours est non lissée afin de redonner de l’aspérité à cette typographie très lisse. Nous avons conçu une police de titrage différente pour les quatre plates-formes, en jouant avec des références artistiques. Par exemple Fontana versus Maïdena, Fontana est un artiste italien des années 50, très connu pour ses monochromes et Maïdena est un designer du génératif, de l’aléatoire. C’est un peu comme si l’espace que nous ouvrions était un entre-deux. Nous avons joué sur l’altérité et la variation plutôt que sur une identité unique. Le dernier élément important de ce projet c’est l’affiche. Nous avons eu de longues discussions avec Larys Frogier sur le rôle de l’identité et de l’affichage. Une affiche, c’est communiquer, transmettre une information, mettre une image en circulation. Il nous semblait dommage qu’un centre d’art ne procède pas à un travail particulier concernant la conception des affiches. En fait, nous avons proposé deux affiches, disposées aléatoirement dans la ville, un tiers avec les informations et deux tiers avec une image.

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Semprecosi :Afficher une image sans texte, c’est une manière d’interroger les passants ?

JC : Il a y plusieurs dimensions. C’est mettre dans la ville une image qui n’a pas besoin d’explications, mais qui se confronte à l’environnement urbain, aux gens. C’est déjà une intervention de l’artiste dans la ville qui nous semble très stimulante. La première affiche était assez forte. Effectivement, quand nous mettons une affiche comme ça dans la ville, sans explication, ça génère des questions, potentiellement du débat ou de l’incompréhension. Peut-être que le travail de Lieux Communs se place beaucoup sur le statut de l’objet de communication et du graphisme. Qu’est-ce que nous mettons en circulation ? Quel est le poids du message ? Quel est le rôle du graphiste ? Ce projet avec la Criée est une bonne manière d’illustrer notre travail.

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Semprecosi : Travaillez-vous majoritairement avec des centres culturels ?

JC : Ce n’est pas une volonté. Nous travaillons aussi pour le monde de la musique. Nous avons récemment collaboré avec le label Anticon. Nous avons conçu un vinyl pour le groupe Depth Affect. Notre travail a des points communs avec le leur, dans le sens où il est difficilement classable. En fait, nous travaillons beaucoup par affinité, souvent avec des associations qui peuvent avoir une action sociale, comme l’association rennaise Tout Atout, ou l’Association de la cause Freudienne, qui réunie des psychologues et des psychanalystes. À chaque fois c’est un dialogue, un engagement. Ce sont des personnes qui sont impliquées dans la société civile.

RL : Le projet avec l’Antipode est un peu dans cette logique de travailler avec des associations socio-culturelles. C’est une salle de musique mais aussi une MJC, avec des moyens qui ne sont pas ceux d’un centre chorégraphique ou d’un musée. L’Antipode n’avait pas de graphistes. Ils étaient dans une logique de valorisation de leurs outils autour de la musique actuelle et en même temps d’affirmation de leur projet social. Ils nous choisis en nous demandant de leur faire une nouvelle proposition. Ils étaient intéressés par le dialogue que nous amorcions avec eux, mais la proposition que nous leur avions faite, était un peu trop jusqu’au-boutiste graphiquement. Nous réalisons leurs documents de communication, avec des coûts qui sont pas ceux du marché. Nous savons qu’ils ont des budgets limités. Mais nous livrons surtout une identité, ils ont besoin d’autonomie donc nous leur fournissons des outils. Tous les petits documents ce sont eux qui les produisent, à partir de gabarits et de typographies que nous avons conçus.

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Semprecosi : Quels sont vos projets actuellement ?

JC : Nous avons récemment conçu un système graphique pour l’École des beaux-art de Quimper. Actuellement, nous développons un projet assez complexe sur leur site internet. En fait, il y a trois niveaux d’interface : le site de communication de l’école, le site interne, qui est une plate-forme d’échange entre les étudiant et l’administration, et le site expérimental. Le site expérimental est encore un blog. Nous sommes en atelier avec des étudiants de l’école jusqu’au mois de mai. Ce blog est donc une zone d’échange entre nous, les étudiants et Karine Le Brun, la professeur de multimédia. Nous réfléchissons sur ce que pourrait être un site expérimental, un atelier multimédia, sur les questions relatives à l’espace numérique. Aujourd’hui, l’espace multimédia est un espace de travail à part entière pour eux. Avec Richard, nous avons développé l’idée qu’un site expérimental pourrait être une manière de rendre visible une pensée en cours et pas forcément l’objet fini, de voir le processus du montage d’une exposition par exemple.
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Rédactrice : Elsa LEBAS
Photographe : Emilie LETUR

Protégé : ATELIER PUZZLE RENNES

mars 26, 2011 by maeva  
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ÉRIC COLLET

juin 12, 2010 by admin  
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Eric Collet est designer graphique. Après avoir sévi dans la région marseillaise, il s’est décidé à faire le grand saut et s’est installé en freelance dans la région rennaise. Rien d’anormal pour ce jeune breton ! Depuis maintenant six ans, il dispatche ses créations dans les alentours mais aussi un peu plus loin (Rouen, Suisse, Belfort entre autres). S’il se revendique comme étant un graphiste du propos « qu’il soit politiquement incorrect ou non », cela ne l’empêche pas de produire des communications plus sobres pour de nombreuses institutions culturelles. Ce paradoxe entre un Eric Collet engagé et intransigeant dans ses travaux personnels et sa musique, et son alter ego arrivant à s’adapter aux demandes plus conventionnelles des commanditaires avec qui il traite (festival de jazz ou salle de concert par exemple) nous a surpris : rares sont les graphistes aujourd’hui qui arrivent à faire les deux (pratique artistique et conception de communication) et encore plus rares sont ceux qui arrivent à ne pas les mélanger. Eric Collet réussit ce petit tour de force. L’accroche visuelle qu’il offre dans ses communications nous plaît et l’engagement qu’il propose dans ses projets personnels aux graphismes bien léchés nous interpelle (que demander de plus ?).

Semprecosi : pouvez-vous nous dire quelle est votre formation artistique ?

Je suis né dans les Côtes d’Armor. J’ai commencé mon parcours par un bac en art appliqué à Tréguier. Ces trois années m’ont permis de découvrir le design dans son ensemble, que ce soit le graphisme, le stylisme, l’objet, l’architecture et l’espace en général. Au sortir du lycée, j’avais envie de compléter mon baccalauréat par une formation courte qui me permettrait de commencer au plus vite dans le monde du travail. J’ai donc poursuivi mes études par un BTS en communication visuelle à Marseille. C’est alors qu’en parallèle des cours, accompagné de quelques camarades de classe, j’ai commencé à m’intéresser au design graphique en profondeur, aux avant-gardes et à comment pourrait rentrer cette formation en communication dans un travail artistique. C’est ainsi qu’à la fin de mon BTS, alors que j’aurais dû partir pour un poste de graphiste pour une agence de communication et finalement être dans la continuité de ce que j’avais fait pendant ces deux années à Marseille, j’ai rejoint LMX, maison d’édition spécialisée dans la production de projets d’art contemporain traitant de problématiques liées au milieu urbain, initié par le photographe Laurent Malone. J’y ai travaillé durant un an. Fort de cela, je décidai de revenir en Bretagne et de m’installer en tant que designer graphique indépendant près de Rennes. Voilà pour mon parcours !

Semprecosi : quelles sont les personnalités qui vous ont le plus influencé ?

Lorsque j’étais en BTS à Marseille, les graphistes qui attiraient le plus mon attention étaient le groupe « Tous des K ». Ils acquirent leur renommée notamment grâce à « IAM », pour qui ils réalisèrent plusieurs pochettes de disques. Ils rompirent avec le conformisme ambiant en adaptant leur travail à celui du sujet : sans tomber dans le macabre, leurs graphismes étaient nettement plus « trash » et se démarquaient énormément de la plupart des autres graphistes marseillais. Ils mélangeaient dans leurs créations, photographies et typographies originales. Ils nous firent voir le design sous un autre œil que celui de nos professeurs, trop puritains et académiques.

Semprecosi : pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre collaboration avec Laurent Malone chez LMX ?

Je n’y suis resté qu’un an mais ça a été une année très formatrice, qui m’a permis de me lancer ensuite en solo. LMX est une maison d’édition marseillaise développant des projets d’art contemporain traitant de problématiques liées au monde urbain. J’y étais designer responsable de projets éditoriaux et des nouvelles technologies. Le premier projet auquel j’ai participé est la réalisation de la tranche du livre JFK.

Semprecosi : vous parlez de vos camarades de classe avec lesquels vous partagiez un certain scepticisme concernant vos cours. L’idée de former un collectif ne vous a-t-elle jamais tenté ?

Bien sur cela m’a déjà traversé l’esprit ! Mais en y réfléchissant bien, nous étions tous très passionnés par ce que nous faisions, et chacun ayant sa propre façon de créer, je pense que les concessions auraient été difficiles entre nous et les choix impossibles. Chacun a donc suivi sa voie…

Semprecosi : qu’en est-il de votre collaboration avec Stéphane Bucco ? En quoi celle-ci était différente d’un travail au sein d’un collectif ?

Ce qui est très dur dans un collectif, c’est de trouver une position pour chacun. Et généralement ce sont des regroupements d’artistes issus d’un même horizon, d’un même domaine. Tous veulent donc jouer le même rôle au sein du groupe. La collaboration avec Stéphane Bucco était différente car nous avions su trouver un rôle à chacun : tantôt l’un agissait comme un directeur artistique et l’autre s’affirmait plus comme un simple créatif, tantôt ces rôles s’inversaient. Nous avons réussi à trouver un certain équilibre pour cette collaboration, même si des confrontations restaient nécessaires pour faire coexister correctement les idées de chacun. C’est sur ce point là que porte la faiblesse principale d’une organisation en collectif, et c’est ce pourquoi mis à part lors de cette collaboration avec Stéphane Bucco, j’ai préféré travailler seul jusqu’à maintenant.

Semprecosi : en tant que designer free-lance, comment fonctionnez-vous vis-à-vis de vos commandes et commanditaires ? Faites-vous un choix ? Quels problèmes rencontrez-vous avec ceux-ci ?

Il m’est déjà arrivé d’être censuré. Ainsi, lorsqu’on m’a commandé l’affiche du festival Région en scène 2007, j’ai proposé cette femme nue mais dont une veste cache une bonne partie du corps, avec à ses pieds un amas d’objets hétéroclites, mais à la dernière minute, au moment de l’imprimer, un partenaire a menacé de se retirer du financement du festival si elle sortait : il avait été choqué par l’association des câbles avec la nudité du corps. J’en ai donc réalisé des versions plus « soft » mais, assumant la polémique jusqu’au bout, j’ai précisé qu’elle avait été victime de censure…

Semprecosi : vous vous attachez à garder une certaine simplicité, un certain minimalisme dans vos créations, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Lors de mon BTS, on pouvait surtout voir à Marseille des communications très, souvent trop, chargées. Dès lors j’ai eu la volonté de garder les choses simples, de ne pas rentrer dans cette « sur-communication » présente dans toute la ville. Cela s’est tout de suite inscrit dans mes premiers projets concrets, comme un bandeau rouge minimal que j’ai créé pour « L’Épicerie », un petit lieu culturel pluridisciplinaire à Marseille. J’ai basé la totalité de ce projet sur le principe d’un bandeau rouge, rien de plus. Ainsi tous les éléments de cette communication (brochures, flyers, site internet) intègrent ce bandeau rouge qui est simple mais aisément reconnaissable. J’ai cultivé durant ma carrière cette simplicité, que se soit lors de mon année à LMX ou avec les projets qui ont suivi celui-ci : la communication du Merlan notamment, la scène nationale de Marseille pour laquelle j’ai repris ce principe de bandeau et de couleurs (rose et noir) clairement identifiable et associable au lieu. Le Merlan utilise d’ailleurs encore ce principe dans sa communication, ce dont je ne suis pas peu fier ! Je suis surtout content de voir que tous les graphistes qui ont travaillé pour le Merlan après moi ont continué à appliquer ma charte graphique sans même la retoucher. Cette forme de respect de mon travail et d’approbation de son efficacité m’a beaucoup touché. Travailler la simplicité permet de ne pas perdre de vu l’essentiel, ce pourquoi on élabore un graphisme ou une communication.


Semprecosi : vous accordez beaucoup de place à la typographie dans vos travaux.

En effet, ce travail typographique est important pour moi car il va de paire avec cette simplicité affichée. Il permet de mettre en valeur le mot, l’écrit, le propos, ce qui est primordial quand on communique. Dans mes travaux personnels, le propos est très présent. Je donne mon avis sur le sujet que je traite, qu’il soit politiquement incorrect ou non. Lorsque je travaille pour un commanditaire, je me dois de traiter son propos avec le même engagement même s’il est purement informatif : la typographie est essentielle pour cela.

Semprecosi : quels sont les projets les plus représentatifs de votre personnalité selon vous ?

Le projet « Happy New War » est celui qui m’a permis de me faire remarquer en tant qu’indépendant. En revenant en Bretagne après avoir travaillé un an à LMX, je cherchais un moyen de me faire connaître. J’ai donc pris la première occasion qui s’est présentée, à savoir la carte de bonne année, pour dire que j’étais là ! C’est de cette manière qu’est née la réalisation « Happy New War », grâce à un simple jeu de mots en référence à « happy new year ». C’était un travail minimaliste, mais ça a tout de suite plu et j’ai eu de bons retours. C’est ce jeu de mots « au sens grave » qui m’a permis de lancer mon travail d’indépendant ! Un autre projet, qui je pense donnait une bonne idée de qui je suis, est la réponse que j’ai faite pour le concours organisé pour la couverture d’un hors-série du magazine « IDPure », et que j’ai remporté. Son interprétation graphique est venu naturellement, j’ai simplement écrit : « L’art ne sert à rien, regardez plutôt la télé » sur une feuille blanche au marqueur noir que j’ai ensuite scanné et envoyé au magazine. Et face à des centaines d’autres propositions dont la plupart étaient très abouties d’un point de vue graphique, le jury a finalement retenu la mienne, car elle soulignait un réel propos.

Semprecosi : parlez-nous du projet « Mess Zero » : comment le vivez-vous ? Il y a-t-il des liens entre votre pratique de la musique et votre activité d’artiste/designer graphique ?

Le projet « Mess Zero » est justement le lien entre ma pratique de la musique et mes projets personnels de design graphique mais aussi de design textile ou encore d’objet. C’est le point de recoupement de toutes mes pratiques en dehors de mon activité professionnelle de graphiste. « Mess Zero » est un projet pluridisciplinaire encore tout récent donc je ne saurais dire pour l’instant comment les connexions entre musique, graphisme et autres vont se traduire, mais c’est un projet qui me tient particulièrement à coeur et qui je l’espère va grandir dans ces prochains mois. Un premier enregistrement d’album est prévu dans quelques mois.

Semprecosi : pour terminer, pouvez-vous nous dire un mot sur le dernier domaine que vous explorez : le stylisme ?

En effet, ce projet est très récent. J’ai décidé il y a quelque temps, que les idées que je trouvais bonnes ne devaient pas se cantonner à traîner dans un coin de ma tête ou sur un bout de papier. C’est pourquoi j’ai décidé de créer le projet Sock-Tie, un accessoire mi-cravate mi-chaussette, qui était une de ces idées qui me semblaient intéressantes et que j’aurais trouvé dommage de ne pas réaliser.
Les retours sont positifs, mais je n’ai malheureusement pas eu le temps de démarcher suffisamment pour développer le projet. Mon idée est de trouver un couturier intéressé par le fait de réaliser et décliner cet accessoire de mode décalé. Le projet est donc en stand by pour le moment.

Rédacteurs : Justine KLEMENKO et Simon CARADEC
Photographe : Cynthia TONNERRE

COLLECTIFS PROJETS

juin 7, 2009 by admin  
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ATELIER D'ACTION GRAPHIQUE

Collectifs Projets est un collectif de graphistes installés principalement à Rennes, qui suit une démarche créative originale. Ils procèdent selon l’idée de workshops itinérants. L’atelier où ils travaillent n’est jamais un atelier fixe, et c’est ici où réside leur singularité, raison pour laquelle ils ont été invités par le Semprecosi Magazine. Pour chaque projet, ils réalisent une création inspirée du nouveau contexte dans lequel ils s’immergent.

Les projets présentés pour Sempre Cosi, sont « Tous des Ours » réalisé en 2007 à Berlin et le projet « Zé Aquàrio » réalisé en 2008 à Lisbonne.

Pour le projet « Tous des Ours », Collectifs Projets s’est installé dans un des quartiers-est berlinois. Ils s’inspirent d’une ambiance issue des années 80, pour créer une série de portraits de célébrités désuètes. L’ours emblème de la capitale est aussi omniprésent dans leur travail. Après avoir été sérigraphiés dans les ateliers d’Anschlaege, les portraits de ces personnages ont été collés sur les murs de Berlin, rentrant ainsi en dialogue avec la ville.

En août 2008, le collectif s’est rendu à Lisbonne dans le cadre d’une résidence à Zé dos Bois, un espace d’expérimentation artistique et musicale, afin de réaliser une série d’interventions publiques et scéno-graphiques.

Collectifs Projets est composé par Julien Courtial, Anthony Folliard, Arthur Gourdin, Éléonore Hérissé et Vivien Lejeune Durhin.

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Semprecosi : quand avez-vous décidé de vous rejoindre en tant que collectif ?

Éléonore : c’est au cours de nos études que nous avons commencé à travailler ensemble via la création d’auto-éditions, d’affiches, de fanzines… Ces expériences ont commencé à fédérer ce travail, le projet de Berlin fut le projet qui a lancé l’équipe.

Anthony : le projet à Berlin a eu pour but de se réunir afin de passer du bon temps autour d’un travail commun. (…) Il n’y a pas eu de réunion pour dire : « Est-ce que ça vous dit de monter un collectif ? ». On a testé un projet plus ambitieux, ça a fonctionné, et donc on a décidé de continuer.

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Semprecosi : avez-vous une devise de groupe ou une démarche particulière ?

Éléonore : on ne possède pas de devise particulière, on veut simplement essayer de faire les choses bien avec peu, les mener à terme, tout en y prenant plaisir et cela dans des contextes différents.

Anthony : la particularité du collectif n’a pas pour but d’intégrer chacune de nos pratiques individuelles, c’est un moment où l’on travaille vraiment tous ensemble. Après, une démarche caractérisée par le « fait main » s’est développée. On essaye de faire absolument tout par nous-mêmes : de la pratique à la théorie, en travaillant avec les outils et les matériaux trouvés ou fabriqués sur place.

Julien : cette façon de faire nous plait. Ce n’est pas une question de moyens, c’est un choix artistique.

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Semprecosi : parlez nous un peu du projet de Berlin, en quoi consiste il ? Et qu’a-t-il apporté à votre groupe ?

Anthony : lors de notre arrivée à Berlin, on s’est aperçu que l’art graphique était très présent sur les murs de la ville… On a trouvé intéressant la création d’une série d’affiches. De plus, diffusées dans l’espace urbain, c’était pour nous une liberté d’expression et le moyen de toucher un public plus large. Cela nous a donné envie de nous affranchir du cadre de la commande graphique habituelle dans le but de lui donner une expression plus singulière et créative.

Eléonore : on s’est rendu compte assez vite qu’il fallait être sur place pour être influencé par un nouvel environnement et trouver une thématique de travail. À partir de là, une approche commune s’est mise en place tant au niveau du sens que de la forme. Ainsi les affiches reflètent notre expérience là-bas et un goût commun pour l’humour et le décalage. Malgré le fait que chacun ait pris en charge un portrait différent, la série d’affiches reflète un groupe à l’unisson.

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Semprecosi : pour les personnages des affiches de Berlin vous vous êtes inspirés de personnages de la vie sociale allemande ?

Anthony : l’idée était de rendre hommage à Berlin. On s’est posé la question : « Si Berlin devait faire une auto-promotion, qui choisirait-elle comme personnages phares pour sa campagne publicitaire? » Ce sont des personnages issus de la culture populaire produite par la télévision des années 80, un peu vintage, proche du milieu underground berlinois. Il y avait au début une quinzaine de personnages crées. On a commencé à s’intéresser aux justiciers de cette époque, et de fil en aiguille on est arrivé à Magnum, Colombo, entre autres. Le choix des couleurs leur donnent un côté pop néo-eighties qui font écho à notre vision de Berlin durant ce projet.

Julien : les personnages portent en couvre-chef l’ours, l’emblème de la capitale, ce qui les travestit en fan de Berlin. Ils sont aussi un clin d’oeil à notre état d’esprit là-bas, libéré et loufoque.

Anthony : en effet les affiches nous ressemblent dans le sens où ce sont des traductions graphiques issues des ballades, des bars, des barbecues, des conversations et des rencontres dans la ville.

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Semprecosi : en regardant votre démarche je pense aux explorateurs et botanistes du XVIII et XIX, observateurs et illustrateurs du Nouveau Monde. 200 ans après vous sentez-vous comme des explorateurs urbains, contemporains d’un nouveau monde ?

Anthony : en effet, dans notre démarche on retrouve cette idée de découvrir un lieu pour l’observer, compris cette fois-ci comme une source de création.

Éléonore: L’ intuitif joue un rôle très important. On se rend compte de l’influence d’un environnement sur notre démarche et ce qu’il engendre au niveau des choix esthétiques, techniques et sémantiques. Nous nous sommes attachés à la notion de vernaculaire en réalisant des créations qui s’inscrivent dans les lieux où elles sont réalisées.

Julien : La différence entre les explorateurs et nous, réside dans l’interprétation du vécu. On est libre d’interpréter. On se prête au jeu, Berlin est par exemple une ville déguisée, ce qui se voit clairement dans le résultat de notre travail. Quant au projet de Lisbonne, les photographies noir et blanc illustrent le côté passéiste et mélancolique de la ville.

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Semprecosi : quels points communs existent-ils entre le projet de Berlin et celui de Lisbonne ?

Eléonore : le protocole est similaire : prendre en charge la création, la production et la diffusion d’un projet dans un même temps limité; tout cela avec les moyens trouvés sur place. La différence se situerait dans le fait qu’à Lisbonne, nous avons été accueillis dans une structure sous la forme d’un résidence. Cela a engendré le fait de travailler dans un espace précis, celui de la galerie. Cependant le choix de la vitrine est un clin d’œil au projet de Berlin dans le sens où nos réalisations, visibles de la rue, sont en lien avec l’espace public.

Anthony : Les deux projets étaient visibles de tous. On ne voulait pas rester dans un petit groupe fermé d’artistes mais être ouverts et disponibles pour discuter avec les gens.

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Semprecosi : quand je regarde vos projets de Lisbonne, je pense à une œuvre d’art totale. Donnez-vous une importance différente au travail graphique, sculptural, ou photographique ?

Eléonore : L’idée n’est pas de privilégier l’un ou l’autre mais un besoin de pluridisciplinarité, afin d’élargir nos domaines de compétences techniques et conceptuelles. Cette attitude dans l’air du temps nous permet d’inventer nos propres connexions entre différents médiums, et ainsi de mieux appréhender notre conception du design graphique.

Julien : À Lisbonne c’était plus expérimental qu’à Berlin. Ayant à disposition un espace-vitrine, on s’est essayé à l’installation, la performance, la vidéo… De tout cela, notre œil de graphiste reprend le dessus et nous nous retrouvons à documenter le projet par la photographie, des micro-éditions et un site internet. Nous avons plaisir à découvrir et à manipuler d’autres médiums, mais nous le ferons toujours avec notre vision de graphistes.

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Semprecosi : combien de temps a duré chaque intervention à Lisbonne ?

Julien : En théorie chaque intervention durait une journée.

Anthony : Le matin la vitrine précédente était démontée, et dans la journée, on se demandait ce qu’on allait pouvoir faire pour le soir même. L’installation devait être totalement prête à 21h30, car les bars ouvraient à 22h00 et la rue devenait envahie de personnes.

Julien : Notre intervention se déroulait dans un lieu qui n’était pas approprié à une « exhibition artistique ». C’était alors intéressant de voir la réaction des gens.

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Semprecosi : et ils réagissaient comment ?

Anthony : Ils vomissaient souvent…

Julien : Il y avait une certaine curiosité. Nous cherchions à toucher un public lambda qui n’était pas forcément éduqué à venir dans les galeries. En ça un contact existait et nous permettait de parler simplement avec les gens intéressés par notre démarche. On ne cherchait pas à transmettre un message ou quoi que ce soit mais plutôt à établir un contact, à entamer une conversation.

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Semprecosi : quels sont vos projets futurs ?

Anthony : Notre envie prochaine est de sortir du contexte européen. Pour 2010, nous avons commencé à établir des contacts avec des structures au Liban, en Turquie et en Bulgarie. En sortant du système occidental, un vrai choc culturel pourra alors s’opérer.

Julien : De ces projets est née l’envie de continuer ensemble dans une démarche de professionnalisation. Nous avons envie de créer notre propre principe de travail hors des circuits traditionnels du graphisme ou des arts.

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Rédacteur : Manuel RAMIREZ
Photographe : Collectifs projets