LES M

Rencontre avec Les M, un duo composé d’Anaïs Morel et Céline Merhand, deux jeunes designers dynamiques et créatives. S’inspirant de notre univers quotidien, leurs réalisations nous le rend plus confortable, pratique, et agréable à vivre. Tout cela dans une dimension poétique, organique et fascinante qui ne manque pas d’imagination.

Semprecosi : quel a été votre parcours ?
Anaïs : nous avons étudié le Design à l’Ecole des Beaux Arts de Rennes. En quatrième année, nous sommes parties en Angleterre en tant qu’étudiantes Erasmus. C’est à partir de ce moment que nous avons commencé à réaliser nos premiers projets en commun. Diplômées en 2007, nos projets de diplôme, le fauteuil « Cocon » et la structure « POD »*, ont été exposés au VIA*. Ils ont ensuite été présentés au Brésil lors de l’année de la France au Brésil en 2009.
Céline : oui, ce sont vraiment nos projets de diplôme qui nous ont aidées à être propulsées sur la scène nationale puis internationale. En effet, en janvier 2009 nous avons été nominées au prix Design Talents au Salon du Meuble de Cologne.

Fauteuil Cocon, Edition Superette, www.super-ette.com
Crédits Felipe Ribon
Semprecosi : comment vous est venue l’idée de faire un duo ?
Anaïs et Céline : cela s’est fait naturellement.
Anaïs : notre séjour en Angleterre a été l’événement déclencheur car nous nous aidions mutuellement sur nos projets.
Céline : oui, c’est surtout en Angleterre que nous nous sommes trouvé un intérêt commun pour le travail de la matière. Nous étions parties dans le but de découvrir de nouveaux matériaux et techniques de fabrication. C’est également là que nous avons commencé à travailler sur nos projets de diplôme.
Notre nom, Les M, est un clin d’œil à notre scolarité commune. En raison de nos noms de famille, Merhand et Morel, nous nous retrouvions très fréquemment ensemble lorsqu’il nous était demandé de former des groupes de travail.

Semprecosi : pourquoi avoir choisi le design ?
Céline : en entrant dans une école d’art nous n’étions pas prédestinées à devenir designers. Personnellement, j’avais un intérêt pour la sculpture. Cependant le design permet d’entrer plus facilement dans le quotidien des gens.
Anaïs et Céline : l’essence même de notre démarche réside dans la possibilité de s’approprier et d’interagir avec les objets, ce qui n’est pas évident avec une œuvre d’art. Le fait de pouvoir nommer les objets est rassurant pour des personnes non averties. Le design permet ainsi de toucher un large public.

Semprecosi : de quelle manière travaillez-vous ensemble ?
Céline : notre méthode de travail est un peu particulière car j’habite et travaille au Luxembourg tandis qu’Anaïs vit à Rennes. Nous communiquons essentiellement par e-mails. Cette situation présente tout de même certains avantages. Elle nous a tout d’abord permis de créer un réseau à travers le Bénélux et l’Allemagne, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas si nous étions restées toutes les deux à Rennes. De plus, l’éloignement nous permet d’être plus réactives car nous sommes sans cesse en attente d’une réponse de l’autre.
Anaïs : nous nous envoyons beaucoup de photos et de dessins de nos idées qui nous servent de support pour nos réflexions.
Semprecosi : c’est comme cela que vos idées naissent ?
Céline et Anaïs : oui, tout à fait !

Semprecosi : quelle importance portez-vous aux matériaux ?
Anaïs : nous attachons une grande importance aux matériaux dans notre travail. Notre choix porte principalement sur des matériaux intéressants au toucher.
Céline : nous aimons expérimenter la matière. Parfois, nous arrivons à un résultat inattendu qui devient partie intégrante d’une pièce. Récemment, nous nous sommes tournées vers des matériaux biodégradables. Nous souhaitons continuer à travailler dans cette direction pour nos futurs projets.

Semprecosi : quelles sont vos inspirations ?
Anaïs : nos inspirations viennent, essentiellement, de l’observation du quotidien et de la découverte de nouveaux matériaux.

Semprecosi : lorsque je regarde vos créations, je pense à la nature, au confort et à l’écologie. Est-ce que ce sont des notions importantes pour vous ? Et pourquoi ?
Anaïs : l’amélioration de notre quotidien est notre thème de prédilection mais nous ne nous fixons pas d’axe de travail en particulier. Nos créations s’inspirent des objets qui nous entourent ainsi que des histoires que ceux-ci nous évoquent.
Céline : il est vrai que chacun de nos objets à une histoire à raconter. C’est le cas pour le fauteuil « Cocon », récemment édité par Superette. Il narre de manière poétique le fait de s’emmitoufler dans une couverture sur son canapé. Ce fauteuil rencontre un vif succès auprès des gens car ces derniers se projettent immédiatement en train de l’utiliser dans leur salon. « Cocon » leur rappelle leur propre moment d’intimité et ils devinent qu’il est confortable avant même de l’avoir essayé ! Nous souhaitons rendre nos créations évidentes et facilement abordables.

Semprecosi : vous touchez un large public avec vos créations, je pense notamment au biberon « Tou’dou ». D’où vous est venue cette idée ?
Anaïs : là encore, c’est une histoire de toucher, de sensation. L’enfant peut ainsi avoir une sensation différente du matériau du biberon grâce à l’enveloppe moelleuse.
Céline : c’est aussi une question d’appréhension surtout avec les petites mains des enfants.

Semprecosi : vous vous êtes engagées auprès du Secours Populaire français pour la création textile contre l’exclusion sociale. Comment avez-vous conçu le projet?
Céline : le thème c’était « 2010 année contre l’exclusion sociale ». Il a été demandé à des artistes de participer à la création de 2010 coussins. Nous avons répondu à l’appel d’offre d’Eliane Sabon, designer textile, qui travaille au Secours Populaire. Ensuite, les coussins ont été réalisés par des femmes, en réinsertion sociale, à l’atelier de couture du Secours Populaire à Douchy-les-Mines.
Anaïs : l’idée était aussi de revaloriser le travail de ces femmes en exposant leurs créations aux côtés de celles d’artistes. Nous avons créé un coussin qui pouvait également faire office de mobilier d’appoint. Les objets conçus ont été vendus aux enchères et l’argent récolté a été reversé au Secours Populaire.

Semprecosi : pouvez-vous nous raconter l’histoire des « POD » et de « Arrêt sur végétal » ?
Céline : « POD » est un projet de diplôme dont les recherches ont commencé en Angleterre. Tout au long de notre année de diplôme, nous avons fait évoluer la première maquette en papier afin d’arriver à un prototype résistant et usinable en série.
« POD » est une résille sur laquelle l’utilisateur peut intervenir et en définir lui-même les fonctions. Le principe repose sur le geste. Lorsqu’on appuie dessus, la forme se bascule.
Anaïs : ce principe de construction fonctionne à différentes échelles ce qui permet d’investir un espace de différentes manières. Le dernier exemple en date est l’installation de luminaires réalisés à partir de grands modules à l’Hôtel-Restaurant Le Coq Gadby à Rennes.


Hôtel-Restaurant LeCoq Gadby
Céline : « Arrêt sur végétal » est issu d’une recherche pour un objet d’extérieur. L’idée est de s’arrêter sur les choses que nous ne prenons pas la peine de regarder. La loupe de l’objet permet de mettre en valeur des choses minuscules que nous serions difficilement capables de voir à l’œil nu. La tige flexible permet à l’objet de bouger au gré du vent ce qui crée de petits tableaux végétaux éphémères. C’est pour cette raison que l’objet s’appelle « Arrêt sur végétal ».

Semprecosi : pour la 2ème édition de Breizh Design à la Galerie DMA à Rennes, vous avez collaboré avec des entreprises pour la réalisation des Tables « Lidje ». Pouvez-vous nous raconter cette collaboration ?
Anaïs et Céline : nous avons découvert, par hasard, un article sur internet qui parlait des recherches d’étudiants en IUT à l’Université de Saint-Brieuc sur un matériau à base d’algues vertes. Nous avons immédiatement contacté l’enseignant car nous attachons beaucoup d’importance au travail avec des entreprises locales. Il nous a invité dans leurs locaux et nous a présenté différents matériaux. A l’époque, le sandwich lin / liège / PLA* semblait être le plus abouti, c’est pour cette raison que nous l’avons choisi pour ce projet.

Crédits Blinky
Semprecosi : vous avez été nominées pour le prix à la Création Produit en Bretagne 2011. Pourquoi avoir choisi « Collerette » pour vous représenter ?
Céline : en fait, nous avions proposé plusieurs projets. Mais c’est celui-ci qui a été retenu.

Semprecosi quels sont vos projets à venir ?
Céline et Anaïs : nous préparons actuellement notre prochaine exposition en parallèle du Salon international du Meuble de Milan en avril 2011 pour laquelle nous développons une nouvelle collection. A la rentrée prochaine nous proposerons un atelier pour enfant au Centre Pompidou-Metz.
*« POD » : nom donné à la création.
VIA : valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement. Sa mission principale est de promouvoir la création française dans le domaine du design en France et à l’étranger.
PLA : résine réalisée à partir d’amidon de maïs.

Rédactrice : Emilie LETUR
Photographes : Simon CARADEC, LES M, Felipe RIBON, BLINKY.
Diplômes d’étudiants | ERBA & LISAA | 2010
ERBA RENNES Un aperçu des diplômes DNSEP promotion 2010.

DNSEP DESIGN
Valerian Le Goalec
Rythme & processus. Une analyse du processus de création, le langage de la forme et la modulation d’objets.


DNSEP COMMUNICATION mention DESIGN GRAPHIQUE
Valery Ly
Les nouvelles technologies au service de nouveaux mode de lecture.


DNSEP COMMUNICATION mention EDITION
Julien Marty
Un univers graphique et plastique autour de la poésie des ruines et des dents creuses dans la ville.


LISAA RENNES Un aperçu des diplômes promotion 2010.

DIPLOME DE CONCEPTEUR DESIGNER GRAPHIQUE
Baptiste Péron
« Get Flavor Records »: travail et recherches sur la communication d’un label de musique électronique.
Consultez son carnet de recherches


DIPLOME D’ARCHITECTURE INTERIEURE ET DESIGN D’ENVIRONNEMENT
Benjamin Delais
« Holow »: concept d’ensemble de 4 logements sociaux saisonniers qui seraient proposés aux villes touristiques désirant ouvrir leurs portes à une autre clientèle et de proposer un tourisme écologique. Impact minimum sur l’environnement. Autonomie en énergie. Faible coût de construction.
« Le vélociste »: centre de promotion dédié au mouvement “fixie”, vélo à pignon fixe. Réhabilitation d’un ancien garage réunissant magasin, atelier de réparation, salle d’exposition.
« Alvéolaire »: pochette pour MacBook et MacBook Pro équipée de capteurs photovoltaïques pour recharger l’ordinateur où que l’on soit. Housse en papier Tyvek indéchirable. Structure en nid d’abeilles.
« BiKart »: panier gonflable pour vélo pliant pour faciliter et accompagner les déplacements des plaisanciers une fois sur la terre ferme avec un encombrement minimum sur le bâteau.

DIPLOME D’ARCHITECTURE INTERIEURE ET DESIGN D’ENVIRONNEMENT
Rachel Briot
« Remove »: mon projet répond au souci de mobilité des personnes accidentées sur la plage. Je propose une remorque qui s’accroche à la selle de n’importe quel vélo. Cet assemblage est à disposition des secouristes pour permettre un lien plus pratique et un transport plus simple des blessés vers les postes de secours du littoral et des plages.
« Les écuries St. Georges, squats pour artistes »: mon projet consiste en la réhabilitation de l’ancienne faculté dentaire, place du Pasteur, à Rennes. Tant que la ville ne sait pas quoi faire de cet emblème imposant, je propose d’y installer des squats pour artistes. Mon concept est basé sur la faille et la fissure. Chaque artiste s’approprie un espace. C’est un lieu de brassage artistique et d’échange.
« Jeu de lin »: mon projet répond au souci de propreté des points d’accroche des transports en communs. J’ai créé un bracelet dépliable en gant de protection. J’apporte un aspect esthétique, olfactif (microencapsulation), et hypoalergénique (caractéristique du lin) dans un milieu urbain.
« Un bar en 2050″: mon projet consiste à répondre au problème de la montée des eaux sur les plages de la Baule – Escoublac. Suite à plusieurs intempéries, les bars et restaurants de plage sont menés à disparaitre. J’y apporte une solution architecturale afin de pouvoir continuer à apprécier d’aller boire un verre ou manger en bord de mer.
Photographes : Cynthia TONNERRE
Anne TEXIER
Hélène BIOUX
ERWAN MÉVEL & ANTOINETTE PARRAU

Tous deux issus de l’Ecole des Beaux-Arts de Rennes. Antoinette travaille la lumière artificielle comme source d’énergie émotionnelle. Erwan lui élabore des rêveries terrestres mises en jeu dans des tables et des bureaux. Parfois, ils travaillent aussi sur des projets communs.


ERWAN MÉVEL
Semprecosi : comment et dans quel contexte sont réalisées vos créations ?
E.M. : Je travaille à partir d’un cadre, un cahier des charges, un espace, un lieu, une personne en face de moi avec qui je discute, avec qui on élabore le projet. Seul sans commanditaire, il n’y a pas de problème, pas de solution. Malgré tout je matérialise quelques idées comme l’Inselberg, ou les Îles qui n’ont plus vraiment de fonction. Ce sont en quelque sorte des « objets amis »…

Semprecosi : parlez nous de votre première réalisation ? Comment est-elle née ?
E.M. : ma première table est un travail sur le paysage. Je voulais travailler sur l’imagination et par l’imagination augmenter l’espace c’est-à-dire comme dans le poème, la phrase, les mots par leur écho vont gonflés, résonnés et apportés une dimension empirique. La notion de paysage se résume au travers de la perception et la création de l’espace. La table pour moi est un paysage dont les formes naissent dans la feuille de papier. Le brouillon me sert pour figurer le paysage. La forme du papier froissé est transposée ensuite en résine. Dans ce projet la table est comme une maquette présentée sur des tréteaux, dans ce rapport d’horizontalité du plan. Ce paysage imaginé peut être vécu comme un rapport de l’extérieur à l’intérieur. Cette fenêtre rappelle qu’à tout moment l’esprit peut basculer et donner lieu à une rêverie.

Ce rapport à la feuille de papier traite de la poétique de la légèreté, du décalage, de la finesse, de l’ondulation. Le matériau travaillé concorde à l’idée. Dans cette table, une rêverie cristalline s’installe, des cristaux émergent du plan, une forêt pousse autours d’un lieu-grotte. C’est un espèce de lieu un peu magique. L’idée de mes travaux c’est un peu comme avoir un terrain escarpé, vallonné, plat avec un ruisseau. Imaginer des possibilités plus ou moins suggérées.

Semprecosi : l’utilisation du noir et du blanc est-il récurrent dans votre travail et si oui pourquoi ? Dans ce cadre, comment utilisez-vous la couleur ?
E.M. : le blanc permet la neutralité et par ailleurs exprime le rapport au papier (table La vie dans les plis et bureau Feuilles). Une idée de légèreté qui coïncide à une poétique de la feuille en suspend. Le noir lui au contraire exprime une dureté, son approche est plus difficile, lente et dure dans un rapport plus masculin. Parfois les couleurs sont à la fois purement décoratifs et purement amicales c’est une sorte de sympathie. Ces détails colorés, vitaminés apportent fraicheur à l’ensemble.


Semprecosi : que signifie le trou dans cette table ?
E.M. : le trou dans la table est une sorte de fonction poétisée ou une mise en scène de la fonction. Il s’agit d’un trou noir à travers lequel passent les câbles d’un ordinateur, une traversé du plan. La grotte, le trou noir, le passage : véhicule des images, des abris. Bachelard écrit l’imagination de la matière, des rêveries associées. Ce travail est nourri de lecture, de musique découvert durant mes années à l’école des Beaux-Arts. La grotte est un archétype dont je me sers pour véhiculer des images. Ici elle est inscrite en rondeur, dans un objet mental, c’est de l’ordre de la protection. Ces petits objets un peu sensuels font décor, ce sont des bibelots.

Semprecosi : comment appelez vous cet objet montagne ?
E.M. : l’un s’appelle Inselberg, c’est un terme géologique qui défini à la fois l’île et la montagne. C’est une résurgence façonné par l’érosion. La première fut réalisée en polystyrène façonné, creusé, recouvert de pâte à modelé séchée puis résinée et après laqué. Maintenant, ce sont des céramiques. La terre permet cette liaison avec l’idée.

Semprecosi : que représente cet objet ?
E.M. : l’inselberg est un objet de la rêverie. Un lieu de repos.


ANTOINETTE PARRAU
Semprecosi : pourquoi cet intérêt pour la lumière que l’on peut percevoir au travers de tes châssis lumineux ?
A.P. : la lumière reste quelque chose de sensible à notre environnement, à nos perceptions. Elle change constamment de couleurs, d’intensité. Elle se révèle être une source de discussion interminable. Dans mon travail, on est surtout dans un rapport empirique celui des sensations, de la perception.

Semprecosi : comment sont nés les châssis lumineux ?
A.P. : les châssis lumineux étaient l’objet de mon diplôme aux Beaux-arts. Les châssis lumineux étaient le rapport entre l’intimité et la lumière artificielle, où l’on vient déshabiller la lumière avec un geste intime qui peut ouvrir sur l’extérieure imaginé. On entre dans le récit même si la fermeture a la fonction de régulateur. Mon travail réside dans le fait de varier la lumière manuellement. L’utilisateur est auteur de sa lumière, il choisit sa variation selon ses humeurs et ses besoins. La fenêtre store peut être comprise comme une fausse fenêtre, c’est un peu comme une vitrine, on est dans l’imaginaire de l’extérieure et également dans une intimité. Ce rapport entre l’objet et la personne se dessine sous la forme d’un jeu. L’interactivité a une place importante dans mes réalisations comme avec le glissement d’un zip ou même tirer les ficelles du store pour plus ou moins d’intensité lumineuse.

Les panneaux lumineux existent au format paysage ou le zip ouvre sur une ligne d’horizon lumineuse. Quand ils sont à la verticale, ils posent la question de l’échelle du corps. Ainsi les zips se manipulent suivant l’amplitude du geste de l’utilisateur. Je me suis amusée avec les textures, certains de mes châssis sont réalisés dans un tissus réflecteur de lumière ainsi le jeu est plus complexe. Les premiers châssis étaient en lycras de couleurs plutôt chaudes : des rouges et des oranges. J’ai réalisé de multiples expériences sur la superposition des couleurs entre lumières colorées et textiles. J’ai travaillé sur ce rendu et sur les contrastes. L’impression de rigidité de certains tissus induit parfois en erreur l’observateur. Je me joue des apparences. Les matériaux se révèlent différemment selon la lumière comme ici dans ce châssis composé de rubans plissés certaines personnes ont pensé que c’était de la porcelaine à cause de la finesse du blanc, du passage de la lumière, de la transparence du volume. Aussi, La lumière transforme la matière.

Semprecosi : comment sont réalisés les Nymphéas et que signifient-ils ?
A.P. : ce sont des feuilles d’aluminiums peintes en blanc avec l’intérieur violet. Le cœur d’un nymphéas peut être violet bleuté ou mauve suivant la température de l’ampoule. Avec un seul et même objet, on peut obtenir une couleur vive ou une couleur douce, c’est au choix de l’ampoule employée. Cet objet décoratif représente la fleur immortelle du salon. Le cœur lumineux laisse échapper un rayonnement de lumière par quatre fentes. Un second pétale déployé à l’horizontal reçoit le rayonnement du cœur lumineux. J’y trouve beauté et légèreté. Le grain, la finesse, le blanc opaque, la fragilité du papier ont été des éléments importants pour la création de cette lampe. Je cherche à simplifier les choses et garder les détails qui portent le sens. J’aime l’esthétisme japonais. J’essaie de produire un geste simple qui soit le plus significatif possible.

Semprecosi : pourquoi ce vase s’appelle t-il Arum ?
A.P. : c’est un cylindre en inox poli miroir qui est découpé. Il s’appelle Arum parce qu’il rappelle le dessin de la fleur du végétal. C’est aussi le signe de la fente, de celle des châssis, de l’entaille et encore celui d’un col ouvert.

Semprecosi :que signifie pour toi la fente ?
A.P. : La fente est récurrente dans mon travail. Au départ, c’était la serrure d’où l’on peut regarder en étant caché. C’est l’ouverture vers quelque chose mais on ne sait quoi. Elle est mystérieuse car elle ne propose pas tout, elle occulte et permet de laisser place à l’imagination de ce que l’on ne perçoit pas au-delà de cette fente. Finalement, la fente n’est plus le médium qui nous permet de regarder. Et, dans mon travail, elle devient source d’énergie, de potentiels. La fente est comprise dans l’ambiguïté et semble être une source et non pas un objet de curiosité.

Semprecosi : dans tes fentes y a-t-il un rapport avec le travail de Lucio Fontana ?
A.P. : effectivement, mais de manière inversé. Lucio Fontana emploie les fentes comme une ouverture sur l’infinie habité par le noir, un néant qui nous absorbe. Alors que, dans mon travail, la fente fait jaillir de la lumière, c’est une source de vie, de chaleur. L’ambiguïté réside dans le fait qu’il y est peut-être quelque chose derrière ce flux.

Semprecosi : quelle est la place du titre dans ton œuvre ?
A.P. : il n’y en a pas ce sont tous des châssis lumineux. Les titres sont seulement une manière de les déterminer suivant leurs caractéristiques. Le titre est la description textile et en les énumérant j’ai aussi l’impression d’entendre la voix-off qui commente les défilés de haute couture. Pour moi, ils font tous partis d’une même et grande famille, une collection.


ERWAN MÉVEL & ANTOINETTE PARRAU
Semprecosi : comment travaillez vous ensemble ? Et que vous apporte cette relation en duo ?
E.M. : cela nous permet d’échanger et de demander l’avis de l’autre et d’avoir un retour immédiat. Ce type d’échange permet de consolider nos choix.
A.P. : on est dans une relation ping pong…

Semprecosi : quelle est la première pièce que vous avez réalisée ensemble ?
E.M. : la première pièce que nous avons réalisée ensemble est un diamant noir. C’est une image issue d’un rêve, rêvé à deux…
A.P. : après on l’a matérialisé et on l’a fait grandir tous les deux. Erwan parlait d’un prisme, d’une roche, il avait pour projet de réaliser une table à facettes avec des angles cristallins. Tandis que moi, je l’imaginais comme un rêve à la Pink Floyd… cet objet devait être surdimensionné, posé dans un paysage sans frontière, un plan infini chargé d’une vision sensuelle, lisse et dure.
E.M. : mais aussi énigmatique, c’est la vision d’un objet venu d’ailleurs, exo.
A.P. : notre projet autour du Diamant Noir était de monter une exposition commune sur le thème de la dream box. Quand l’objet est réalisé plus rien n’appartient ni à l’un ni à l’autre, cela devient une vraie fusion d’idées née autour d’une multitude de débats…

Semprecosi : pouvez-vous nous parler de votre nouveau projet plateforme, Le Navigateur ?
E.M. : c’est un sofa, une scénographie de la discussion. Il est de couleur noire, aux formes géométriques. L’image rappelle celle du radeau…Le cylindre peut être considéré comme une vigie , c’est une mise en scène de la discussion. Nous l’avons appelé Le navigateur parce qu’on l’imagine être une sorte de véhicule ou un radeau de survie…
A.P. : pour le moment, Le navigateur n’est encore qu’à l’état de projet.






Rédactrice : Cloé DESMONS
Photographe : Nicolas PRIOUX


