Diplômes d’étudiants | ERBA & LISAA | 2010

juillet 6, 2010 by admin  
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ERBA RENNES Un aperçu des diplômes DNSEP promotion 2010.

DNSEP DESIGN
Valerian Le Goalec
Rythme & processus. Une analyse du processus de création, le langage de la forme et la modulation d’objets.

DNSEP COMMUNICATION mention DESIGN GRAPHIQUE
Valery Ly
Les nouvelles technologies au service de nouveaux mode de lecture.

DNSEP COMMUNICATION mention EDITION
Julien Marty
Un univers graphique et plastique autour de la poésie des ruines et des dents creuses dans la ville.


LISAA RENNES Un aperçu des diplômes promotion 2010.

DIPLOME DE CONCEPTEUR DESIGNER GRAPHIQUE
Baptiste Péron
« Get Flavor Records »: travail et recherches sur la communication d’un label de musique électronique.
Consultez son carnet de recherches

DIPLOME D’ARCHITECTURE INTERIEURE ET DESIGN D’ENVIRONNEMENT
Benjamin Delais
« Holow »: concept d’ensemble de 4 logements sociaux saisonniers qui seraient proposés aux villes touristiques désirant ouvrir leurs portes à une autre clientèle et de proposer un tourisme écologique. Impact minimum sur l’environnement. Autonomie en énergie. Faible coût de construction.
« Le vélociste »: centre de promotion dédié au mouvement “fixie”, vélo à pignon fixe. Réhabilitation d’un ancien garage réunissant magasin, atelier de réparation, salle d’exposition.
« Alvéolaire »: pochette pour MacBook et MacBook Pro équipée de capteurs photovoltaïques pour recharger l’ordinateur où que l’on soit. Housse en papier Tyvek indéchirable. Structure en nid d’abeilles.
« BiKart »: panier gonflable pour vélo pliant pour faciliter et accompagner les déplacements des plaisanciers une fois sur la terre ferme avec un encombrement minimum sur le bâteau.


DIPLOME D’ARCHITECTURE INTERIEURE ET DESIGN D’ENVIRONNEMENT
Rachel Briot
« Remove »: mon projet répond au souci de mobilité des personnes accidentées sur la plage. Je propose une remorque qui s’accroche à la selle de n’importe quel vélo. Cet assemblage est à disposition des secouristes pour permettre un lien plus pratique et un transport plus simple des blessés vers les postes de secours du littoral et des plages.
« Les écuries St. Georges, squats pour artistes »: mon projet consiste en la réhabilitation de l’ancienne faculté dentaire, place du Pasteur, à Rennes. Tant que la ville ne sait pas quoi faire de cet emblème imposant, je propose d’y installer des squats pour artistes. Mon concept est basé sur la faille et la fissure. Chaque artiste s’approprie un espace. C’est un lieu de brassage artistique et d’échange.
« Jeu de lin »: mon projet répond au souci de propreté des points d’accroche des transports en communs. J’ai créé un bracelet dépliable en gant de protection. J’apporte un aspect esthétique, olfactif (microencapsulation), et hypoalergénique (caractéristique du lin) dans un milieu urbain.
« Un bar en 2050″: mon projet consiste à répondre au problème de la montée des eaux sur les plages de la Baule – Escoublac. Suite à plusieurs intempéries, les bars et restaurants de plage sont menés à disparaitre. J’y apporte une solution architecturale afin de pouvoir continuer à apprécier d’aller boire un verre ou manger en bord de mer.


Photographes : Cynthia TONNERRE
Anne TEXIER
Hélène BIOUX

DELPHINE LECAMP

juillet 3, 2010 by admin  
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Delphine Lecamp

Delphine Lecamp est une jeune sculptrice dont le matériau de prédilection, l’acier, correspond parfaitement à la franchise des mots et au caractère bien trempé de la demoiselle. Son éthique totale vis-à-vis de ses idées sur l’art la conduit à réaliser chaque projet avec une détermination qui explique son succès grandissant. Delphine Lecamp est en effet en pleine actualité : elle a été choisie par Le Village, site d’expérimentation artistique de Bazouges-la-Pérouse, pour être au centre de son exposition d’été 2010 avec sa célèbre série « Bloody Mary » : celle-ci sera présentée à Bazouges jusqu’au 5 septembre prochain.

Semprecosi : pouvez-vous nous parler du parcours qui vous a amenée à choisir la sculpture comme moyen d’expression ?

J’ai d’abord étudié la biologie. J’étais donc une scientifique. J’ai fait un deug de biologie à Rennes et c’est là que je me suis vraiment rendu compte que j’étais douée en pratique : dessin d’observation, dissection… Je me suis alors dirigée vers les Beaux-Arts et j’ai été reçue à Nantes. Etant donné qu’en première année nous n’avions pas accès aux ateliers (bois, métal, vidéo…), j’ai commencé à faire des sculptures en caramel, ce qui posait un problème de pérennité… C’était une évidence pour moi de travailler directement en volume, sans passer par le dessin. En deuxième année je suis allée dans l’atelier métal et ce qui m’a plu tout de suite c’est le côté fusion comme avec le caramel. J’étais hypnotisée. J’ai quand même continué à expérimenter d’autres pratiques. J’ai fait de la vidéo, des installations mais c’était accessoire par rapport au métal.

Delphine Lecamp

Semprecosi : dans quel cadre avez-vous appris à travailler cette matière ?

À l’atelier métal des Beaux-arts justement. Mais j’ai développé ma propre technique car elle n’existe pas réellement. De par le matériau je me rapproche de la carrosserie. Mais comme j’utilise des marteaux pour former les plaques de tôle, ça s’apparente aussi à la dinanderie, le travail du cuivre. Dans mes sculptures, il n’y a aucune récupération d’objet. Je crée à partir de feuilles de tôle que je forme, que je martèle et que je soude. Parfois je laisse les soudures apparentes, parfois non. Mais, de plus en plus, je préfère laisser le matériau brut. Il m’arrive de peindre mes sculptures pour servir mon propos mais c’est rare.

Delphine Lecamp

Semprecosi : quand l’art s’est-il imposé à vous comme le moyen de faire partager vos idées ?

J’ai mis un peu de temps à arriver jusqu’à l’art mais j’étais bonne à l’école et j’avais envie de faire des études. Et puis mes années aux Beaux-arts se sont très bien passées. Je travaillais en me faisant vraiment plaisir. C’est ce qui m’a donné envie de continuer. Quand je suis sortie de l’école, l’art s’est imposé à moi, c‘est-ce que je voulais faire. Ensuite, je suis allée vivre à Berlin et lorsque je me suis retrouvée à faire autre chose pour gagner ma vie, je n’étais pas heureuse. Puis, je suis rentrée en France et j’ai alors pu poser mes marques. Depuis 2006, je vis de ce que je crée. J’ai réussi à faire ce que j’aime !

Delphine Lecamp

Semprecosi : que reprochez-vous à l’art contemporain ?

Évidemment j’en fais partie, puisque je crée ici et maintenant. Par contre, je trouve qu’il y a certaines dérives. À un moment donné, lorsqu’on se dit artiste, il faut savoir inventer. Et pour cela, on peut commencer par innover dans la technique, avoir une pratique d’atelier qui permette d’expérimenter, de rechercher quelque chose. Cela me paraît indispensable : à l’heure actuelle, quelqu’un qui se contente de penser n’est pas un artiste à mes yeux. Ce qui me gêne en fait, ce sont les personnes qui se disent appartenir à l’art contemporain, alors qu’ils ne font que refaire des choses déjà faites. Bien sûr, ce n’est pas possible de faire quelque chose de complètement nouveau. Nous sommes inspirés par notre environnement, notre passé, nous avons une lourde histoire de l’art. Mais, il faut quand même trouver le moyen de tirer son épingle du jeu, avec une certaine technique, une manière de penser, et des intentions derrière chaque oeuvre. Il est aussi important de constamment se remettre en question. Je ne me situe pas contre l’art contemporain, mais avec. Je pense que ce qui fait la différence entre les artistes c’est l’honnêteté. Un artiste honnête sait ce qu’il fait, ce qu’il montre, d’où ça vient, et vers où ça va. Il a conscience de son travail.

Delphine Lecamp

Semprecosi : à quel moment dans l’histoire de l’art pensez-vous que l’inventivité a manqué ?

J’ai l’impression qu’on n’a pas dépassé Marcel Duchamp. Il a inventé l’art conceptuel et a réussi à se détacher de cette lourde histoire de l’art française. Mais, depuis, on surfe toujours sur la même vague. Ce qui me dérange le plus c’est le paraitre: qu’on associe l’art contemporain et l‘attitude. C’est l’art à l’état gazeux. Comme si, à l’heure actuelle, le vide faisait l’art contemporain. Je trouve qu’il n’y a plus vraiment d’engagement. Je suis exactement dans la position inverse : je travaille et mes pièces sont chargées d’intentions.

Delphine Lecamp

Semprecosi : cela nous amène à votre fameuse boule à facettes créée en 2007, que l’on traîne comme un prisonnier traîne son boulet : d’où vous vient cette idée ?

De la même manière que tout ça a un côté révoltant, il y a également un côté attrayant dans l’art contemporain. C’est l’aspect prestigieux : les paillettes, la célébrité, le fun. Il y a comme une starification de l’artiste. C’est ce que représente la boule à facettes. Je l’ai transformée en boulet de prisonnier pour montrer que, finalement, on peut vite s’enfermer dans cette dynamique.

Boule à facettes

Semprecosi : quel est le rôle de l’échelle dans vos sculptures ?

L’agrandissement intervient à partir du moment où ça sert l’oeuvre. Quand je ne change pas l’échelle de l’objet que je réalise, c’est que le fait de changer le matériau est suffisant. Mais lorsque j’agrandis, c’est pour donner un impact plus fort à la pièce. Par exemple, pour « Berlin Mon Amour », une immense alliance, je voulais rendre cet objet insupportable, la bague importable. Je l’ai réalisée pour une exposition intitulée Die Deutsch Bank, dont le thème était les banques publiques allemandes. Je voulais donc symboliser l’aspect insupportable du système bancaire et du capitalisme.

Delphine Lecamp

Semprecosi : à l’inverse de l’artiste Sylvie Reno qui emploie un matériau jetable, pour recréer des objets pérennes et virils comme un coffre fort, vous utilisez une matière pérenne et virile pour représenter des objets d’ordinaire jetables : quelle raison y a-t-il à ce choix ? Faut-il y voir une critique de la société de consommation ?

Oui, c’est une interprétation. C’est ce que j’aime dans ce que je fais. Étant très intuitive, je n’ai pas d’idée préconçue. J’ai évidemment mon idée, mon histoire, mais ce qui me plaît beaucoup ce sont les histoires des autres qui viennent se greffer à mes pièces. Je veux que mes sculptures parlent aux gens et fassent travailler leur imaginaire. Pour ce qui est du matériau que j’emploie, de fait, il est effectivement viril parce que c’est un travail physique et dur. Je crois que j’ai eu envie d’une véritable équité. Dans mes sculptures, je parle de moi, car évidemment mon inspiration passe par mon environnement, mais pour que ce soit lu, et vu à un niveau neutre, le matériau utilisé se devait d’être aussi fort que le métal. Je veux que lorsque le spectateur regarde ma sculpture, il oublie que l’artiste qui l’a réalisée est une femme.

Delphine Lecamp

Semprecosi : alors que pensez-vous de l’exposition Elles@ qui a eu lieu au Centre Pompidou à Paris, et du fait que le point commun entre ces artistes soit leur féminité ?

J’ai une caractéristique : Lecamp = ambivalence ! Il y a beaucoup d’ambivalence dans mes sculptures et dans ma réflexion. Je trouve cette exposition très bien. J’y suis d’ailleurs allée plusieurs fois. J’ai pu voir des oeuvres dont j’avais déjà entendu parler mais que je n’avais jamais vues. Je crois donc que, quelque soit la situation, en l‘occurrence, une classification des artistes en fonction de leur sexe, voir des pièces de cette qualité est vraiment intéressant. D‘autre part, à cause de ce manque d’équité, je pense qu’il y a une histoire de l’art féminin. Toutes ces pièces sont donc fortes de sens et le fait qu’on fasse une exposition seulement d’artistes femmes n’enlève rien à la force de ces oeuvres. Chacune de ces pièces fait partie de la collection permanente. Elles existent au-delà de cet événement. C’est effectivement une catégorisation comme il en existe plein. Je fais partie des artistes femmes mais aussi des jeunes artistes. Je me suis intéressée plus à leurs créations qu’à leur sexe et j’avoue que la féminité de cette exposition ne m’intéresse pas.

Delphine Lecamp

Semprecosi : vos œuvres qui sont des détournements de célèbres objets de consommation, s’inscrivent dans cette même mouvance, une même cohérence : vos projets futurs seront-ils différents ou vont-ils suivre la même logique ?

Je ne sais pas prédire ce que je vais faire : j’ai toujours plein d’idées que je note dans mon petit carnet et celles que je décide de réaliser s’imposent d’elles-mêmes. En ce moment je suis très influencée par l’exposition Vanités que j’ai vue dernièrement au musée Maillol et, depuis, j’aimerais réaliser mon crâne. Mon galeriste à Paris m’a également fait parvenir un livre de Costa qui pourrait m’inspirer de nouvelles idées mais je ne sais pas encore ce que cela va donner.

Delphine Lecamp

Semprecosi : le fait que vous choisissiez des objets, est-ce par besoin de concret ?

Tout à fait. Je préfère le figuratif à l’abstrait car j’ai envie que devant mes oeuvres, les gens se racontent des histoires. Or, l’abstraction demande une initiation à l’art, un œil aiguisé. J’aime l’idée d’un art populaire qui ne soit pas réservé à une élite mais compréhensible par tous. Je veux être une artiste publique qui fait de la sculpture publique.

Delphine Lecamp

Semprecosi : vous avez vécu deux ans en Allemagne : que vous a apporté cette expérience ? Quelles sont les différences avec le milieu de l’art en France ?

C’est très différent. Les artistes allemands sont plus basés sur la solidarité. Ils travaillent beaucoup en collectifs. En Allemagne, il y a une véritable reconnaissance professionnelle du diplôme artistique : c’est anecdotique, mais j’ai pu travailler là bas en tant que soudeuse, ce qui, en France, serait tout simplement inconcevable. Mon expérience berlinoise m’a cadrée et mise face à la réalité de la vie : j’ai dû me débrouiller pour m’assurer un toit et pour pouvoir manger. L’artistique venait après : je devais me battre pour le faire. Tout cela m’a rendu déterminée et sûre de ce que je voulais faire de ma vie.

Delphine Lecamp

Semprecosi : je rebondis sur la question des collectifs : quelle en est votre opinion ? Pensez-vous qu’ils puissent durer ?

Tout d’abord, moi, je n’y arrive pas ! Pour travailler en collectif, il faut être capable d’énormément de concessions et de compromis. Je pense que la véritable démarche artistique est personnelle et solitaire. Cependant, cela peut fonctionner lors d’associations temporaires, pour des projets précis et dirigés, tels qu’une exposition ou une édition.

Delphine Lecamp

Semprecosi : vous venez de terminer une nouvelle série de sculptures intitulée « Bloody Mary » : pourquoi l’avoir nommée ainsi ?

Car c’est une sorte de cocktail. L’expo est composée de huit pièces inspirées des œuvres de huit artistes, quatre hommes et quatre femmes: Araignée de Louise Bourgeois, Banane d’Andy Warhol, Explosion de Roy Lichtenstein, Grosse de Nikki de Saint Phalle, OEufs au plat de Sara Lucas, Sang de Gina Pane, Urinoir de Marcel Duchamp, Zèbre de Damien Hirst. Ces oeuvres étaient à l’origine conçues pour être exposées cet été à Bazouges, mais elles ont d’abord été présentées dans la galerie Catherine et André Hug avec qui je travaille, à Paris. Bloody Mary, parce que c’est un cocktail sanglant, un maelstrom de ma propre histoire de l’Art comtemporain (ou en tout cas du XXeme siècle).

Urinoir

Explosion

Semprecosi : quel message voulez-vous faire passer en réinterprétant les œuvres phares de ces différents artistes, par exemple l’araignée de Louise Bourgeois, que vous avez placée sur le dos, comme morte ?

La première fois que j’ai vu une araignée de Louise Bourgeois, j’étais à San Francisco et elle était exposée sur les quais. J’ai été très impressionnée car cette artiste utilisait la même technique que moi, sauf qu’à la place de l’acier, c’était de l’inox. Bref, dans cet exercice ludique et sérieux de citation, je n’ai pas fait que tuer l’Araignée de Bourgeois, j’ai aussi avorté l’Explosion de Lichtenstein, (un bâton de dynamite qui n’explosera jamais), épluché la Banane d’Andy Warhol, remis à hauteur de pissotière l’Urinoir de Duchamp, décapité le Zèbre de Hirst… Le message des ces huit pièces serait quelque chose comme: « Malgré tout ce que vous avez accompli, il nous reste de la place pour continuer. »

Araignée

Delphine Lecamp

Rédactrices : Justine KLEMENKO et Anne TEXIER
Photographe : Jeremias GONZALEZ et Delphine LECAMP

DAVID ZÉRAH

mars 24, 2010 by admin  
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Issu d’un parcours artistique à l’école des Beaux-Arts de Nantes et de Rennes, David Zérah développe une pratique photographique où le hasard et l’accident semblent côtoyer une intention visible de séduire ou de se perdre dans un corpus de citations littéraires et de sens cachés trop intimes pour les avouer. Il nous ouvre aujourd’hui les portes de son atelier pour nous en dévoiler quelques facettes …

Semprecosi : pouvez-vous me décrire votre atelier ?

Mon atelier, c’est à la fois un lieu de vie et de travail, je ne distingue pas les deux. Après mes études, j’ai obtenu un atelier-logement de la ville de Rennes et je n’ai jamais vraiment dissocié ma pratique artistique de mon lieu de vie. Il y a plusieurs années, j’ai proposé de faire de mon atelier un lieu de création en proposant une invitation à des artistes de Glasgow intitulée Bed & Workshop. L’invitation et l’échange étaient alors plus importants que la production elle-même, et ce fut une expérience artistique et personnelle très stimulante.

Semprecosi : vous exposez actuellement à LENDROIT, et ceci jusqu’au 26 Mars, en parallèle à cette exposition, vous avez édité un petit ouvrage photographique, pouvez-vous nous parler de ces deux procédés de monstration ?

Lendroit galerie est d’abord un lieu alloué à l’édition et c’est en ce sens que je souhaitais collaborer avec Mathieu Renard son responsable. Presque au même moment, le Centre d’art de la Criée et son directeur Larys Frogier me proposaient une aide à la production. L’idée de faire une exposition à Lendroit et de coproduire l’édition c’est fait naturellement. Cette édition est ma première monographie couleur et j’ai souhaité privilégier des jeux d’images autour de la notion de bugs. Pour ce qui est des photographies de l’exposition, les prises de vues ont été réalisées pendant une résidence à Annecy en 2007. Le carton d’invitation, reflète bien l’échange de ce projet.

Semprecosi : aujourd’hui, tout le monde pratique la photographie, c’est une question de nouvelles technologies avec du matériel de plus en en plus performant et de plus en plus accessible, je souhaitais savoir comment vous, vous considériez votre pratique dans ce contexte de photographie un peu facile à réaliser et à montrer. Et comment travaillez-vous concrètement, vous faites des repérages, vous étudiez les compositions ?

Effectivement, aujourd’hui, nous sommes « Tous photographes » comme l’a démontré William A. Ewing directeur du Musée de L’Elysée Lausanne. En ce qui me concerne, il n’y a à proprement parler pas de repérages photographiques. J’observe le réel qui m’entoure en permanence et je fais des choix. Parfois un lieu devient un repérage parce que j’y retourne. Ces choix sont en lien avec des situations de déjà-vu dans un imaginaire commun ce référent à des peintures ou à des films. Tout ce qui est d’ordre intime et personnel est non-dit ou détourné de son contexte originel. Je crée une mise à distance et je donne des indices pour que chaque spectateur construise son histoire et le renvoie à ses propres sentiments ou expériences. Dans la publication « amazing bugs » c’est un ensemble de situations imaginaires et réelles que je mixe ensemble.

Semprecosi : c’est assez amusant que vous utilisiez justement ce mot « détourné », car dans les photographies que vous exposez à Lendroit, on peut observer une mariée qui tourne le dos, des jeunes filles également de dos, qu’est ce que vous souhaitez dire par là ?

Outre l’aspect du droit à l’image, mais qui me semble accessoire ici car je ne présente pas des gens dans des contextes ou des attitudes qui pourraient nuire à leur « intégrité ». Je suis comme je vous le disais tout à l’heure un observateur mais aussi un réalisateur d’image. Dans le cas du diptyque « A Fairy Duet », celui avec ces deux filles, je me suis retrouvé dans une situation où j’ai eu l’impression de vivre deux fois le même moment, ce qui était un peu troublant. C’est un phénomène qui se ressent parfois avec la fatigue. Il y a comme un retard entre la situation vue et sa perception sensible. Quant à la photo « vin d’honneur », elle est entièrement construite et fait partie du projet que j’ai réalisé en résidence. Le choix de cette image correspond à l’attitude de mes interlocuteurs à l’époque pour ce projet et à une situation personnelle tendue. Mes choix d’images sont également le résultat d’une gestation. Une photographie peut rester dans mes archives pendant des années et un jour je vais en mettre une en relation avec une autre et cela aura alors du sens.

Semprecosi : c’est une grande question qu’est celle du choix d’images, l’Editing a beaucoup d’importance. Est-ce que c’est quelque chose de difficile pour vous en général, et sur cette exposition en particulier ?

Le choix d’images n’a pas été trop compliqué pour cette exposition, parce que, de façon très pragmatique, il s’agissait de présenter les tirages produit et l’édition. Toutes les photographies de l’édition avaient été déjà sélectionnées pour la page d’accueil de mon site Internet depuis trois-quatre ans.

Semprecosi : le choix du titre a beaucoup d’importance, pouvez-vous nous expliquer dans un premier temps comment vous faites votre choix et la signification de ceux-ci ? et pourquoi des titres en anglais ?

Le choix d’un titre en anglais est entendu à la fois comme un cadre à la photographie et une digression. C’est un référent hors du champ de l’image dont le sens est de dire autre chose ailleurs. C’est affirmer un espace poétique, un décalage, un espace impossible à traduire. Le titre de l’exposition à Lendroit n’est pas en anglais, mais utilise ce même principe. J’ai codé le mot blabla en langage de programmation Ook qui est une variante du brainfuck ! Cela signifie que dans mon travail, tout acte autour de mes images est indissociable de ce qui est à voir.

Semprecosi : aans ce cas précis, nous pouvons aborder le thème du statut, vous considérez-vous d’avantage comme un artiste, un photographe plasticien ?

La question du statut n’est pas fondamentale parce que j’ai remarqué qu’à chaque fois que j’abordais un médium, je ne questionnais ni sa fonction ni son histoire. Mon travail artistique est un ensemble d’interconnexions de sens, de formes, de références reliées les unes aux autres où je vais introduire des notions de hasard en filigrane : le titre « A Fairy Duet » a été choisi en ouvrant une page du livre de Lewis Carroll, Alice aux Pays des Merveilles.

Semprecosi : vos photographies rappellent souvent des images des années 1960, retouchez-vous les couleurs de vos images ?

Non, je ne retouche pas mes photographies. Il y a une unité dans les images, dans une gamme que le tireur du laboratoire a jugée bon d’interpréter avec mon accord.

Semprecosi : quels sont vos nouveaux projets ?

Je travaille actuellement avec la curatrice Patricia Fleming sur un projet de résidence en ligne pour « social landscape » afin d’approfondir les échanges culturels entre les artistes de Rennes et Glasgow. J’ai proposé de faire une série de portraits photographiques et vidéo d’artistes de Rennes et de Glasgow dans leur voiture. Chaque artiste parlera quelques minutes de son travail dans ce contexte. J’ai trouvé l’inspiration dans la serie LA artists in their cars réalisée 1963 par Joe Goode. A Glasgow, les prises de vues et film seront réalisées par un artiste local debut avril via un appel à projet sur Central Station et de mon coté je réaliserai localement les photographies et les interviews avec l’aide de Sébastien Ménard et sa web TV 23h60, ici à Rennes. J’ai préparé une serie de question que j’ai découpée dans des « Galerie Magazine » des années 1989/1990 pour l’encadrement des interviews. Ces interviews seront éditées et présentées ensemble pendant le festival Glasgow International le 18 avril 2010 et pendant la Biennale de Rennes à partir du 30 avril. Je serai à Glagow quelques jours pour suivre la présentation du projet.

Rédactrice et photographe : Émilie GUHUR

ALEXANDRE BARTH

mars 19, 2010 by admin  
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Alexandre Barth est né en 1980 à Schiltigheim. Diplômé de l’Ecole Supérieur des Beaux-arts de Nantes Métropole en 2005, il obtient le Prix de la Ville de Nantes en 2007, et le prêt d’un atelier pendant deux ans dans lequel il organisera des expositions régulières intitulées We do art!!! Le travail d’Alexandre Barth se développe autours de la sculpture, l’installation, l’image, la vidéo. Sa pratique interroge le temps, le paysage, l’architecture, l’artisanat, et le travail de la matière.

Semprecosi : comment naissent vos œuvres ?

C’est tout d’abord un enchaînement de décisions intuitives, je cherche, j’observe, j’absorbe, je réagis, j’avance… Les choix se font étapes par étapes en manipulant des idées et la pratique de la matière mais aussi en collectant des images. Un projet se dessine ainsi petit à petit tout en restant en perpétuelle évolution comme ça a été le cas pour l’exposition Le jardin noir réalisée avec Tripode.
La balade est aussi importante, j’ai besoin de me retrouver en solitaire, il n’y a que de cette manière que les meilleures choses me viennent. Je note de plus en plus de choses, des idées, des phrases, des mots que j’entends et me percutent. Je note tout cela dans des carnets.

Semprecosi : comment définissez vous vos créations ?

Très souvent, il s’agît d’environnements composés d’éléments divers, de sculptures, d’objets, de lumières et de vidéos parfois. La pratique de la sculpture est essentielle mais n’est pas une finalité. Petit à petit, un vocabulaire formel se met en place, ces éléments participent par la suite à la construction d’un ensemble qui s’apparente à l’élaboration d’une auto-mythologie. Récemment, j’ai d’avantage travailler avec la pâte à modeler. C’est un matériau inépuisable, je peux la travailler sans cesse la modeler, la couler. Par ces diverses actions naissent des formes que je charge en énergie. Cela me permet de me mettre dans des états de concentration, comme si j’étais à la recherche d’une aura perdue.

Semprecosi : quel est votre rapport à l’architecture ?

C’est ce qui attire mon œil très fréquemment. Les jardins, les ruines, les maisons anciennes en pierre sont des architectures où l’on retrouve souvent de la sculpture, des ornementations, des boiseries, de la moulure, des bas-relief. Ces assemblages me permettent d’imaginer des constructions, des lieux à investir, des projets de sculpture….. Ce sont des espaces où le temps s’impose. Les architectures où la présence de la main du travailleur est présente m’intéressent beaucoup parce qu’elle me permette de m’y projeter. J’ai beaucoup de respect pour l’image du bâtisseur. Des professions tels que les rocailleurs me passionnent. Je suis à la fois jardinier, maçon et artiste. La créativité est aussi importante que leur savoir-faire.
L’exèdre présente dans Le jardin noir est une architecture de jardin, un lieu où l’on se rencontre, où l’on s’arrête pour discuter, on peut y construire une relation, et une sculpture y est intégrée. Il indique l’entrée et la sortie de l’exposition au visiteur. C’est très dictatorial comme forme. Ce passage obligé impose un point de vue. J’ai joué sur cet esprit à la française, composé d’allées géométrisées. Les plateaux-socles installés m’ont permis de construire les sculptures mais aussi de structurer l’espace d’exposition.

Semprecosi : avez vous un atelier ?

J’ai pu profiter d’un atelier de la ville de Nantes au cours des deux dernières années, mais j’ai du le rendre en décembre dernier. Je me retrouve donc obligé de trouver de nouvelles méthodes de travail et finalement je trouve cela intéréssant. Au cours de mon séjour à Lausanne, je me suis servi du jardin comme atelier, j’y passais la plupart de mon temps. Ces moments ont orientés Le jardin noir.

Semprecosi : comment concevez vous la scénographie ?

Je ne parle pas en terme de scénographie. J’imagine un environnement. L’accrochage est très important pour moi, c’est ce qui finalise tout le travail fait en amont. Il permet d’instaurer une logique et une cohérence dans le rapport des divers éléments présents dans une exposition. Ce moment est très excitant pour moi.
SempreCosi: Traduisez-vous à travers la scénographie du Jardin Noir l’envie de créer un univers théâtral?
Non, l’espace Diderot impose de lui même cet effet. Je souhaitais retranscrire ce que je vois et qui retient mon attention. Un univers personnel et élaboré, qui soit en cohérence avec ma manière de penser l’exposition. C’est un jeu sur la perceptions des formes, du temps et de l’espace dans un jardin réel. Je ne pense pas cela en terme de scénographie ou de théâtralité. Je pense avoir élargi l’idée du jardin.

Semprecosi : quelle est la place du support dans votre travail? Quelle est la frontière entre les socles et les sculptures ?

J’y attache de l’importance. Le support définit l’espace de la sculpture, il fait partie intégrante de l’œuvre. Je peux l’envisager comme un simple socle, un espace de travail, un territoire, une architecture. J’essaye de l’envisager de différentes manières. Pour le moment il n’est pas autonome face à elle.
SempreCosi: Pourquoi utilisez vous la pâte à modeler et la mousse?
La pâte à modeler permet une création infinie de formes. Elle me permet d’avantage de liberté. La mousse quand à elle me permet de créer de la forme sans maitrise. Elle peut devenir un tableau, un paysage, ou servir à assembler des choses entres elles. Ce sont aussi des matériaux d’une grande précarité qui retranscrivent l’inanimé d’un geste, d’un mouvement.
Mais c’est aussi en réaction à tous ces objets finis et chers en réalisation que l’on voit en galerie aujourd’hui. Je n’apprécie pas du tout ce phénomène de marchandisation, de standardisation de l’art.

Semprecosi : pourquoi utilisez vous la photographie dans ces réalisations ?

La photo me permet de parler de sculpture par le biais de l’image. La série Self-made Sculpture est un dictionnaire, un répertoire des possibilités techniques de la mousse en jouant sur la temporalité et l’échelle de l’objet photographié.

Semprecosi : quelle est la place du blanc et de la couleur dans votre travail ?

Ce n’est pas quelque chose que je travaille réellement, c’est souvent inconscient. Pour le jardin noir, le blanc permet de projeter des images colorées et des sens cachés comme l’idée de la feuille blanche. Le blanc des sculptures faisaient également référence aux sculptures classiques présentent dans les jardins publics. Et c’était une matière de résonner avec le lieu totalement noir. La couleur s’impose souvent par le matériau lui-même. Je n’arrive pas vraiment à choisir telle ou telle couleur.

Semprecosi : comment concevez vous les titres ?

Railroad Sleeping man par exemple, est venu d’une discussion avec un ami le soir du vernissage, Sleeping man serait une traduction de traverse de chemin de fer en anglais. Je ne suis pas vraiment sur de l’exactitude de la traduction, j’ai donc dépassé cela et c’est vraiment ainsi que je l’imagine aujourd’hui. La Trappe, la Feuille, l’Exèdre répondent à la définition de l’objet, à la fois sa réalité mais aussi sa fiction: ce que tu vois, c’est cela et d’autres choses. C’est ainsi que fonctionnent mes titres, ils permettent d’envisager plusieurs axes de lecture.

Semprecosi : que signifie la ruine pour vous ?

La ruine traite du vrai et du faux à la fois. Elle peut soit être une trace du passé soit être un leurre destiné à divertir et questionner le promeneur. Il est toujours possible de s’y projeter. C’est une porte ouverte, un trou noir dans lequel le temps est indéfini. J’y vois également un certain rapport au songe. Du songe émerge l’élaboration expérimentale d’une nouvelle temporalité, de perceptions instables, d’images véridiques ou trompeuses qui n’auraient que l’apparence de la réalité.
Le rapport au temps est un des axes de mon travail. Je me crée une base d’images à partir de laquelle je module les idées. Ce travail de documentation iconographique me permet cette création d’univers.

Semprecosi : quelle place occupe l’éphémère dans ton travail ?

Le vulnérable fait partie intégrante de mon travail. Pour l’exposition « le jardin noir » j’ai souhaité collaborer avec Philippe Daerendinger. Cette intervention extérieure a engendré l’idée d’une transformation, une disparition presque de mes œuvres. De plus l’utilisation de matériaux précaires ou indéplaçables ainsi que le processus de fabrication génèrent une destruction inévitable. Je considère que le temps de l’exposition s’apparente à celui d’une vie, la vie d’une pièce. L’exposition finie, les pièces meurent. Cela ne m’intéresse pas de présenter une sculpture une seconde fois, pour moi cette précarité m’amène à réfléchir au temps de réception de l’œuvre pour le visiteur. Combien de temps passe-t-on devant une sculpture, un dessin, une vidéo? C’est aléatoire, mais j’essaie de trouver des solutions. J’ai l’impression que les gens ne prennent plus du tout le temps d’observer les choses. Le jardin était donc le meilleur endroit pour montrer et regarder de la sculpture.

Semprecosi : peux-tu nous parler du Projet avec l’association Monstrare ?

Le Collectif Monstrare souhaitait organiser une exposition traitant de l’œuvre et de sa représentation et de son rapport au document et à l’archive. De prime abord, je ne me sentais pas vraiment concerné. J’ai revisionné certaines vidéos réalisées plus ou moins récemment. J’ai ensuite décidée d’en assembler trois pour en faire une sorte de trilogie. Avocation signifie: 1. métier 2. profession 3. passe-temps est devenue le titre. C’est une réelle affirmation de ce que l’on ne voit pas en général mais que je considère comme importante. Arrivé sur place, je me suis promené aux abords du Centre d’art Bastille à la recherche d’éléments de construction. J’ai donc trouvé une ancienne porte en bois de la forteresse et m’en suis servi comme socle pour y accrocher l’écran. Cette porte massive devenait une porte, un socle et une archive. C’était important d’arriver sur place et d’y travailler. C’est une question d’attitude, je ne peux pas imaginer une exposition comme un simple moment ou les pièces sont simplement accrochées.

Rédactrice : Cloé DESMONS
Photographe : Alexandre BARTH

SAMIR MOUGAS

juillet 12, 2009 by admin  
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Production: 40mcube

Après un diplôme à l’Ecole Supérieure d’Art de Quimper en 2005, Samir Mougas s’installe en Belgique et suit un post-diplôme de recherche à l’Académie Saint-Joost de Breda, au Pays-Bas. De retour en France en 2007, il s’installe à Rennes et engage une collaboration avec 40mcube où il présente sa première exposition personnelle importante : « Trout Farm » du 25 avril au 18 juillet 2009. Le travail de Samir Mougas se traduit par de la sculpture mais aussi par des œuvres en 2 dimensions, qui cherchent à interroger les spectateurs sur leurs propres présupposés et leurs certitudes.

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Semprecosi : pourriez-vous définir votre travail ?

Samir Mougas : C’est un mélange entre l’invention de formes et la reprise de formes, en plusieurs étapes. Je commence très souvent par du dessin, du croquis sur papier A4 ou des formats plus importants. Ces croquis sont scannés et repris avec Illustrator et des programmes de 3D simples. Ils sont ensuite transformés en peinture murale où en volume. Je fais rarement de maquettes, je me jette directement sur la production. Finalement, c’est une espèce d’alchimie entre formes, couleurs et matériaux qui anime mon travail, même s’il un peu facile de dire ça quand on fait de la sculpture.

Semprecosi : vous vous définiriez donc plutôt comme un sculpteur ?

SM : Oui. Si je regarde ce que j’ai fait aux beaux-arts, et ensuite, il y a quand même eu énormément de sculpture. Mais toutes les formes plates comme la peinture murale ne galopent pas très loin derrière.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur vos sources d’inspiration ?

SM : Quand j’étais étudiant, j’ai commencé par m’intéresser à des phénomènes assez populaires et un peu cheap, comme les O.V.N.I.. Je me suis rendu compte que ce thème renvoyait à d’autres problématiques. Les O.V.N.I ont pullulé durant la période de la guerre froide. Il s’agissait en fait souvent de prototypes aéronautiques aux formes inédites. Cela m’a amené à m’intéresser à des contextes plus larges, comme les interactions militaires et politiques, qui m’ont conduit vers des questions de société et m’ont amené à m’intéresser au design ensuite.

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Courtesy Galerie ACDC

Et maintenant, je me retrouve avec tout un panel de centres d’intérêts qui vont de la musique au design, en passant par la littérature et la science, créatrice de formes. Mes sculptures n’en sont jamais des citations directes, mais ces domaines culturels nourrissent ma recherche et mon imagination. Ces références ont évolué, certaines se sont additionnées au fur et à mesure.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : vous utilisez vos travaux préparatoires, en tant qu’œuvres. Qu’essayez vous de transmettre en les valorisant de cette manière ?

SM : Je suis peut-être très économe car je recycle tout. J’essaye de valoriser autant un croquis sur papier qu’une photographie d’œuvre exposée. C’est vraiment l’idée d’un recyclage, de mettre en rapport les productions du présent avec les choses du passé. Pour ne pas oublier ce que j’ai fait avant. Je garde tout ce que vous appelez le travail préparatoire. Il n’est jamais très loin.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : c’est l’idée du processus ?

SM : Oui, c’est ça, un processus d’artiste. Il y en a pour qui ça va être tout à fait différent.
Mine de rien, ça me pousse à faire beaucoup de travail qui finalement n’est pas de la production d’œuvre. Scanner mes croquis, les classer et les archiver, me prend énormément de temps.
J’essaye de garder mon dossier à jour, et c’est aussi intéressant pour moi que de travailler à l’atelier. Cela me permet de prendre un peu de recul sur la vraie production.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : si vous aviez un message à transmettre à travers vos œuvres, ce serait lequel ?

Ce serait un énorme point d’interrogation. Tanguy Belbeoch a écrit un texte sur une sculpture que j’ai faite, « Le Sphinx », ou il dit : Samir Mougas répète l’éternelle question informulée : « ? »
Cette question est un simple point d’interrogation. Ça correspond assez bien à ce que je cherche en travaillant. Montrer ma propre stupéfaction en face de phénomènes qu’on ne comprend pas. Avec l’idée d’être surpris, étonné, et l’impression de ne pas vraiment comprendre ce qu’il se passe. Cette étrangeté, cette bizarrerie anime mon travail et ma recherche.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : comment utilisez-vous la couleur ? Vous parliez de croquis au départ, j’imagine que le croquis n’est pas forcément coloré.

Cela dépend, les croquis sont souvent réalisés au crayon de papier ou avec des crayons de couleur. Je n’ai jamais été vraiment attiré par le recherche chromatique. J’utilise beaucoup des nuanciers existants, la norme RAL par exemple (nuancier qui existe dans toute l’Europe), qui sert pour les peintres en bâtiment. Je ne mélange pas de couleurs pour chercher, je ne suis pas un chimiste de la couleur.
Mes couleurs sont assez violentes, toujours en contraste et un peu criardes. Dans mon travail, la couleur n’est probablement pas aussi importante que la forme, elles vont pourtant de pair… disons que je me contente assez vite de ce que j’ai avec la couleur.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : dans votre processus à quel moment intervient-elle ?

Au moment de la production des pièces. Des mises en couleur sont réalisées quand je fais des maquettes 3D sur ordinateur, mais ce qui apparaît sur l’écran est rarement ce qui va rester. Par exemple, quand j’ai fait des essais 3D de la limule, elle était orange et ce que je rajoutais dessus était rouge. Ca ne correspond pas du tout au résultat final !

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : comment procédez-vous au choix des matériaux ?

Les matériaux ont tous un grain leur étant propre, mais en sculpture la surface est aussi importante que la structure. C’est l’éternel combat de la structure par rapport à ce quelle supporte.
Pour produire la limule, nous avons recherché et mis en place avec 40mcube une chaîne de production adaptée. Nous sommes partis d’une vraie limule qu’on a fait scanner en 3D. Le modèle 3D a été projeté à l’échelle de la sculpture, puis une ébauche à été découpée en polystyrène. Nous avons affiné l’ébauche en la sculptant pour avoir les vraies courbes de l’animal. L’ensemble a été rigidifié en stratifiant des couches d’époxy, qui a été poncé pour avoir l’aspect de la carapace. Chaque projet a des données formelles singulières, imposant ses contraintes, et ses matériaux.

Semprecosi : avez-vous un matériau de prédilection ?

J’ai commencé à travailler avec de la résine depuis août 2008. A Anvers, en Belgique, j’avais fait des formes oranges en carton résiné et leur potentiel m’a beaucoup plu. Je m’interroge beaucoup sur le moulage et la multiplication des formes permis par la résine. Je pense que c’est un peu mon matériau du moment. C’est toxique et un peu pénible à travailler, mais ça vaut le coup.

Semprecosi : par rapport à la sculpture, on pense toujours à son espace et à son contexte. Nous avons noté que vous exposiez aussi à l’extérieur. Comment peut-on passer d’un contexte white cube, musée, à un milieu urbain et est ce que vos œuvres ont le même sens selon le contexte ?

L’espace d’exposition traditionnel, ou white cube, est le cadre du 20ème siècle pour les sculptures et les œuvres d’art contemporaines. Dans l’espace public, il n’y a pas d’immobilité, il n’y a pas le même rapport entre l’environnement et les œuvres. Je suis assez intéressé par les deux contextes. J’ai exposé “Strategy and Tactics“ sur une place publique, et j’estime maintenant avoir complètement raté la présentation. L’œuvre posée au sol s’est fait happer par son environnement.
Je travaille avec un ami, Pacôme Béru, avec qui l’on fait principalement des performances et des actions en direct, en extérieur. L’espace public appelle des actions furtives ou non, quelque chose de l’ordre de l’expérience en temps réel. L’espace public permet de formaliser des rapports d’espace et de circulation: l’installation d’œuvres pérennes de commande publique m’intéressent aussi.

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Production: 40mcube

Semprecosi : comment a été défini le choix de l’échelle par rapport aux pyramides ?

Les gens pensent que le groupe de pyramides et la pièce orange sont deux pièces distinctes. L’échelle des deux ensembles est clairement là pour impliquer un rapport hiérarchique, ce n’est qu’une seule et même oeuvre. Celle-ci s’appelle « Strategy and Tactics » : j’essaye d’y mettre en balance deux univers de fabrication. D’un côté, on a le monde industriel avec la grande pièce orange, qui est là pour évoquer un prototype ou un moule, comme l’archétype même de la forme. Autour de cela se trouvent toutes les petites pyramides qui représentent plutôt le monde du bricolage, ce que les gens font chez eux, comment ils détournent les objets.

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Production: 40mcube

Le rapport d’échelle était assez évident, les pratiques individuelles étant beaucoup plus ramifiées. C’est l’idée de la guérilla, les pyramides sont plus petites et plus nombreuses. Leur taille est intéressante dans le rapport à la déambulation du spectateur, qui est obligé de faire attention à ne pas marcher dessus, il doit rester alerte en se baladant dans l’expo. L’échelle est un élément que j’apprends à calibrer au fil de chaque projet.

Semprecosi : et quel est le rôle du titre dans vos œuvres ?

Le titre est une entrée dans l’œuvre. Certaines de mes pièces n’ont pas de titre, ce sont des formes génériques qui n’ont pas besoin de qualification.
La limule avec son aileron s’appelle « un chaînon manquant » en référence aux penseurs de l’évolution du Vivant. L’opération appliquée à cet animal par le tuning est une image de leurs théories.
Un titre doit pouvoir circonscrire le contenu de l’œuvre ou au contraire s’en éloigner complètement. C’est un élément de littérature qui est là pour baliser un peu l’univers de l’artiste. J’aimerais beaucoup réaliser une exposition sans nom, avec des œuvres sans titres. Le Rien devient alors quelque chose, une façon d’appréhender le travail.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : est-ce que ça peut être compris comme un indice pour le spectateur ?

Exactement, ou alors un indice sur une série, ou sur ce qui a amené à la fabrication, à la pensée de cette œuvre.
Ça change pour chaque artiste, je trouve que c’est même une norme. En art contemporain, les œuvres doivent avoir des titres. Je ne suis pas forcément d’accord avec ça, mais pour cette exposition les titres sont importants pour que les gens appréhendent mieux ce à quoi ils se confronter.

Semprecosi : justement, par rapport à la place du visiteur, comment vous concevez la réception de vos œuvres ?

Dois-je vraiment concevoir la réception de mes œuvres ? Je ne sais pas trop. Entre les sculptures et la peinture murale, il y a une différence de réception. La limule a une échelle précise, le spectateur est obligé de le prendre comme ça.
Selon le mode d’accrochage et d’installation, je peux imaginer le point de vue du spectateur, d’où il va voir l’œuvre quand il va rentrer. Mais, je n’ai jamais travaillé en fonction des goûts du regardeur. Je pense que c’est peut être plus le but d’un designer.
Ce qui importe est d’aller au fond de la charge donnée à l’œuvre. Pour cette exposition, la disposition des pièces a été travaillé, on a essayé beaucoup de configurations
La place du spectateur, je la pense donc au niveau de la scénographie, du déplacement entre les œuvres.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : quels sont vos projets pour le futur ?

Pendant mes études, j’avais fait une sculpture avec des morceaux de canoës que je trouvais était plus ou moins ratée, pas très belle et mal gérée en terme de surface. Je l’ai finalement jetée et avec le temps je me rends compte qu’il s’agit de l’un de mes travaux préférés, extrêmement simple à réaliser et à appréhender. Je voudrais retravailler avec des morceaux de canoës. Cette idée de composer quelque chose avec un morceau extrait et répété, c’est de l’anti moulage. Je récupère de éléments d’objets crées par moulage. Je ne dirais pas le mot ready-made parce que ça n’est pas vraiment une notion avec laquelle je travaille.

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Courtesy Galerie ACDC

Semprecosi : c’est l’idée du recyclage ?

SM : Disons que dans les faits, c’est du recyclage mais ce qui m’intéresse aussi là dedans, c’est que je n’ai pas à choisir ni les couleurs ni les formes. J’interviens comme quelqu’un qui coupe des petits morceaux et qui les repose au sol. C’est très simple. Le recyclage est très intéressant : le bois des pyramides de « Strategy & Tactics » est recyclé. Il provient de meubles usagés ou de stocks morts de menuiseries.
Au début, c’est un principe économique pour travailler sans trop de moyens qui prend du sens à travers certaines sculptures. Le recyclage est problématique, à certains moments je n’ai pas le choix et à d’autres, il devient parti prenante de l’œuvre, sa logique même.

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Courtesy Galerie ACDC

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Courtesy Galerie ACDC

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Courtesy Galerie ACDC

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Rédactrice : Anne-Sophie VENTURINI

MARINE BOUILLOUD

juillet 5, 2009 by admin  
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Marine Bouilloud, artiste peintre diplômée de l’école des Beaux Arts depuis 2004, vit et travaille à Rennes. Depuis cinq ans sa démarche artistique questionne la représentation et aborde des sujets comme les mass médias, la géopolitique, l’économie mondiale. Son travail s’élabore au regard de l’actualité et interroge avec causticité la place de la morale et de la religion dans nos sociétés. L’artiste à également à cœur d’engager un dialogue avec l’histoire de l’art, passé ou contemporain, par le recours à la citation et au collage.

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Semprecosi : comment expliquez-vous votre rapport à l’histoire de l’art ?

Marine Bouilloud : Il me semble indispensable qu’un artiste connaisse et comprenne l’histoire de l’art. J’aime l’idée que l’art résulte d’une vocation mais aussi d’un travail, contrairement à l’idée galvaudée du génie de l’artiste issu du courant Romantique. Pour moi l’artiste est un chercheur de sens. Je pense, compose, déroule mes questionnements plastiques et sémantiques dans un rapport de filiation et d’émancipation. Qu’ils s’agissent des Primitifs Flamands, des réflexions magrittiennes sur l’écart entre les mots et les images, des écrits de Michel Foucault et de Daniel Arasse, tout cela me nourrit.

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Semprecosi : on peut voir dans vos créations passées un rapport à l’art cinétique. Comment l’expliquez-vous ?

MB : J’ai vu l’exposition Bridget Riley l’été dernier au musée d’art moderne de Paris qui m’a beaucoup intéressée. Au delà du pur aspect plastique, ce qui m’interpelle, c’est ce que l’on peut voir à travers les images, sous les images, le visible et l’invisible. Pour moi toutes les peintures sont des images. Ce qui m’intéresse ce n’est pas tant la peinture finie que les possibilités de projections et d’interprétations qu’elle suscite chez le spectateur.

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Semprecosi : quel est le rôle des titres ?

MB : Le titre est important car il donne une clef de lecture au spectateur sur l’intention du peintre. Parfois il vient spontanément parfois seulement après la peinture. Je le conçois comme une invitation à regarder et à penser plus que comme une directive. Il ne doit pas cloisonner la subjectivé et la part de hasard d’interprétation du spectateur. Le titre est un travail artistique en soi, c’est un exercice complexe. Parfois il fait œuvre comme « L’impérissable désir ». Parfois il devient balise narrative en s’incrustant dans la représentation comme dans « Le bain Suzannien ».

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Semprecosi : pour vous l’artiste a-t-il un rôle à jouer dans la société ?

MB : L’artiste est un citoyen. L’art nous permet de cultiver notre jardin, d’éveiller nos consciences, il développe sa poésie mais n’est pas étranger au monde. Être artiste contemporain, pour moi, cela signifie inscrire sa démarche dans un contexte complexe : historique, social, politique. Il y a toujours ce rapport à l’actualité dans mes tableaux comme dans « La Sainte Parole » : qui fait référence au fruit défendu des moralistes religieux et plus directement aux propos du pape Benoît XVI qui a déclaré lors de son séjour en Angola en mars 2009 que le préservatif aggravait le problème du sida…. Pour moi l’artiste ne doit pas être déconnecté de la réalité, il doit se positionner. Ce qui est ambitieux c’est de réunir un regard sur l’histoire de la peinture et sur la société.

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Semprecosi : parlez-nous de votre exposition estivale au Village, site d’expérimentation artistique de Bazouges-La-Pérouse…

MB : Depuis 2006, les expositions estivales du Village s’intitulent Inventaire. Ce titre d’exposition est inspiré de l’Inventaire Général: projet initié dans les années 60 par le Ministère de la Culture afin de répertorier l’ensemble du patrimoine français.
Les artistes sont ainsi invités à inventorier le patrimoine bazougeais ou à présenter des œuvres où la notion d’inventaire est sous jacente.
A Bazouges, on cultive des pommes et on fête le pommé, c’est donc sous forme d’un clin d’œil que l’élaboration de cette exposition fut inspirée par la double symbolique de ce fruit dans l’histoire de l’art occidental : Le péché et la connaissance.
Je l’ai aussi conçue autour de l’idée de pont entre art ancien et art contemporain avec un éclairage particulier sur l’art de la fin du Moyen Age et de la Renaissance…

Inventoriant, pastichant, m’entretenant avec des peintures qui questionnent différentes formes de désirs.
Les pastiches de La vierge à l’enfant de Jean Fouquet et du portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa sœur la duchesse de Vilars par l’école de Fontainebleau évoquent des désirs interdits. Ils convoquent notamment le tabou ancestral de l’inceste analysé par Freud, Lacan ou Lévi-Strauss.
Je repeins ces scènes en les maquillant de vermillon, couleur de la libido par excellence, en y introduisant des sortes de « pommes-seins », « fruits confits » tel le chérubin de la vierge tout gonflé de ce désir réprimé. Le recours à la citation me permet d’interpeller le regardeur sur l’énigme du tableau et la question de son interprétation.

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J’ajoute à la représentation des sœurs au bain le portrait d’Henri IV. Figuré dans un médaillon et tourné vers sa maîtresse Gabrielle, il semble n’être qu’un ornement supplémentaire au décorum environnant… Pourtant ce « collage » participe au dénouement de l’intrigue du tableau en plaçant le sujet du récit au centre de la représentation, dans un rapport frontal avec le spectateur.

C’est bien de la grossesse de Gabrielle d’Estrées, fruit de son amour illégitime avec le roi dont il est question. La réinterprétation de cette peinture me permet de matérialiser la pensée du peintre comme on rejouerait l’histoire.

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Semprecosi : vous peignez sur de grands formats, comment concevez vous l’échelle de vos toiles ?

MB : J’utilise des formats à échelle humaine entre un mètre soixante dix et deux mètres de hauteur. Le format s’impose au spectateur qui se trouve alors confronté physiquement au tableau. La pensée ne peut se dérober.
J’introduis aussi dans ma peinture l’œil caché : l’œil du voyeur, l’œil des vieillards qui observent en cachette Suzanne au bain dans le tableau du Tintoret, l’œil de l’artiste qui observe la société, l’œil du spectateur invité à faire plus que re-garder, invité à VOIR.
Certains tableaux sont composés comme des scènes, d’autres jouent sur l’agrandissement d’un seul détail faisant œuvre. Ainsi « Vanitas » recompose sous forme de collages des détails de peintures, tandis que « La chute » invite le regardeur à plonger dans l’espace même du tableau.

Il y a toujours des hors champs et des éléments coupés, le regard est renvoyé vers un ailleurs.

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Semprecosi : comment souhaitez-vous qu’on interprète vos tableaux ?

MB : Librement, il n’y a pas d’erreur d’interprétation, mes peintures sont des points de vue. Je souhaite que le spectateur s’interroge sur ce qu’il voit et crée du sens. Il sera saisi ou non par l’émotion, le punctum dont parle Roland Barthes dans La chambre claire, et laissera voyager sa pensée.

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Rédactrice : Cloé DESMONS
Photographes : Alan VALLET, Cloé DESMONS, Marine BOUILLOUD