COLLECTIFS PROJETS

juin 7, 2009 by admin  
Filed under Graphism

ATELIER D'ACTION GRAPHIQUE

Collectifs Projets est un collectif de graphistes installés principalement à Rennes, qui suit une démarche créative originale. Ils procèdent selon l’idée de workshops itinérants. L’atelier où ils travaillent n’est jamais un atelier fixe, et c’est ici où réside leur singularité, raison pour laquelle ils ont été invités par le Semprecosi Magazine. Pour chaque projet, ils réalisent une création inspirée du nouveau contexte dans lequel ils s’immergent.

Les projets présentés pour Sempre Cosi, sont « Tous des Ours » réalisé en 2007 à Berlin et le projet « Zé Aquàrio » réalisé en 2008 à Lisbonne.

Pour le projet « Tous des Ours », Collectifs Projets s’est installé dans un des quartiers-est berlinois. Ils s’inspirent d’une ambiance issue des années 80, pour créer une série de portraits de célébrités désuètes. L’ours emblème de la capitale est aussi omniprésent dans leur travail. Après avoir été sérigraphiés dans les ateliers d’Anschlaege, les portraits de ces personnages ont été collés sur les murs de Berlin, rentrant ainsi en dialogue avec la ville.

En août 2008, le collectif s’est rendu à Lisbonne dans le cadre d’une résidence à Zé dos Bois, un espace d’expérimentation artistique et musicale, afin de réaliser une série d’interventions publiques et scéno-graphiques.

Collectifs Projets est composé par Julien Courtial, Anthony Folliard, Arthur Gourdin, Éléonore Hérissé et Vivien Lejeune Durhin.

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Semprecosi : quand avez-vous décidé de vous rejoindre en tant que collectif ?

Éléonore : c’est au cours de nos études que nous avons commencé à travailler ensemble via la création d’auto-éditions, d’affiches, de fanzines… Ces expériences ont commencé à fédérer ce travail, le projet de Berlin fut le projet qui a lancé l’équipe.

Anthony : le projet à Berlin a eu pour but de se réunir afin de passer du bon temps autour d’un travail commun. (…) Il n’y a pas eu de réunion pour dire : « Est-ce que ça vous dit de monter un collectif ? ». On a testé un projet plus ambitieux, ça a fonctionné, et donc on a décidé de continuer.

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Semprecosi : avez-vous une devise de groupe ou une démarche particulière ?

Éléonore : on ne possède pas de devise particulière, on veut simplement essayer de faire les choses bien avec peu, les mener à terme, tout en y prenant plaisir et cela dans des contextes différents.

Anthony : la particularité du collectif n’a pas pour but d’intégrer chacune de nos pratiques individuelles, c’est un moment où l’on travaille vraiment tous ensemble. Après, une démarche caractérisée par le « fait main » s’est développée. On essaye de faire absolument tout par nous-mêmes : de la pratique à la théorie, en travaillant avec les outils et les matériaux trouvés ou fabriqués sur place.

Julien : cette façon de faire nous plait. Ce n’est pas une question de moyens, c’est un choix artistique.

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Semprecosi : parlez nous un peu du projet de Berlin, en quoi consiste il ? Et qu’a-t-il apporté à votre groupe ?

Anthony : lors de notre arrivée à Berlin, on s’est aperçu que l’art graphique était très présent sur les murs de la ville… On a trouvé intéressant la création d’une série d’affiches. De plus, diffusées dans l’espace urbain, c’était pour nous une liberté d’expression et le moyen de toucher un public plus large. Cela nous a donné envie de nous affranchir du cadre de la commande graphique habituelle dans le but de lui donner une expression plus singulière et créative.

Eléonore : on s’est rendu compte assez vite qu’il fallait être sur place pour être influencé par un nouvel environnement et trouver une thématique de travail. À partir de là, une approche commune s’est mise en place tant au niveau du sens que de la forme. Ainsi les affiches reflètent notre expérience là-bas et un goût commun pour l’humour et le décalage. Malgré le fait que chacun ait pris en charge un portrait différent, la série d’affiches reflète un groupe à l’unisson.

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Semprecosi : pour les personnages des affiches de Berlin vous vous êtes inspirés de personnages de la vie sociale allemande ?

Anthony : l’idée était de rendre hommage à Berlin. On s’est posé la question : « Si Berlin devait faire une auto-promotion, qui choisirait-elle comme personnages phares pour sa campagne publicitaire? » Ce sont des personnages issus de la culture populaire produite par la télévision des années 80, un peu vintage, proche du milieu underground berlinois. Il y avait au début une quinzaine de personnages crées. On a commencé à s’intéresser aux justiciers de cette époque, et de fil en aiguille on est arrivé à Magnum, Colombo, entre autres. Le choix des couleurs leur donnent un côté pop néo-eighties qui font écho à notre vision de Berlin durant ce projet.

Julien : les personnages portent en couvre-chef l’ours, l’emblème de la capitale, ce qui les travestit en fan de Berlin. Ils sont aussi un clin d’oeil à notre état d’esprit là-bas, libéré et loufoque.

Anthony : en effet les affiches nous ressemblent dans le sens où ce sont des traductions graphiques issues des ballades, des bars, des barbecues, des conversations et des rencontres dans la ville.

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Semprecosi : en regardant votre démarche je pense aux explorateurs et botanistes du XVIII et XIX, observateurs et illustrateurs du Nouveau Monde. 200 ans après vous sentez-vous comme des explorateurs urbains, contemporains d’un nouveau monde ?

Anthony : en effet, dans notre démarche on retrouve cette idée de découvrir un lieu pour l’observer, compris cette fois-ci comme une source de création.

Éléonore: L’ intuitif joue un rôle très important. On se rend compte de l’influence d’un environnement sur notre démarche et ce qu’il engendre au niveau des choix esthétiques, techniques et sémantiques. Nous nous sommes attachés à la notion de vernaculaire en réalisant des créations qui s’inscrivent dans les lieux où elles sont réalisées.

Julien : La différence entre les explorateurs et nous, réside dans l’interprétation du vécu. On est libre d’interpréter. On se prête au jeu, Berlin est par exemple une ville déguisée, ce qui se voit clairement dans le résultat de notre travail. Quant au projet de Lisbonne, les photographies noir et blanc illustrent le côté passéiste et mélancolique de la ville.

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Semprecosi : quels points communs existent-ils entre le projet de Berlin et celui de Lisbonne ?

Eléonore : le protocole est similaire : prendre en charge la création, la production et la diffusion d’un projet dans un même temps limité; tout cela avec les moyens trouvés sur place. La différence se situerait dans le fait qu’à Lisbonne, nous avons été accueillis dans une structure sous la forme d’un résidence. Cela a engendré le fait de travailler dans un espace précis, celui de la galerie. Cependant le choix de la vitrine est un clin d’œil au projet de Berlin dans le sens où nos réalisations, visibles de la rue, sont en lien avec l’espace public.

Anthony : Les deux projets étaient visibles de tous. On ne voulait pas rester dans un petit groupe fermé d’artistes mais être ouverts et disponibles pour discuter avec les gens.

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Semprecosi : quand je regarde vos projets de Lisbonne, je pense à une œuvre d’art totale. Donnez-vous une importance différente au travail graphique, sculptural, ou photographique ?

Eléonore : L’idée n’est pas de privilégier l’un ou l’autre mais un besoin de pluridisciplinarité, afin d’élargir nos domaines de compétences techniques et conceptuelles. Cette attitude dans l’air du temps nous permet d’inventer nos propres connexions entre différents médiums, et ainsi de mieux appréhender notre conception du design graphique.

Julien : À Lisbonne c’était plus expérimental qu’à Berlin. Ayant à disposition un espace-vitrine, on s’est essayé à l’installation, la performance, la vidéo… De tout cela, notre œil de graphiste reprend le dessus et nous nous retrouvons à documenter le projet par la photographie, des micro-éditions et un site internet. Nous avons plaisir à découvrir et à manipuler d’autres médiums, mais nous le ferons toujours avec notre vision de graphistes.

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Semprecosi : combien de temps a duré chaque intervention à Lisbonne ?

Julien : En théorie chaque intervention durait une journée.

Anthony : Le matin la vitrine précédente était démontée, et dans la journée, on se demandait ce qu’on allait pouvoir faire pour le soir même. L’installation devait être totalement prête à 21h30, car les bars ouvraient à 22h00 et la rue devenait envahie de personnes.

Julien : Notre intervention se déroulait dans un lieu qui n’était pas approprié à une « exhibition artistique ». C’était alors intéressant de voir la réaction des gens.

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Semprecosi : et ils réagissaient comment ?

Anthony : Ils vomissaient souvent…

Julien : Il y avait une certaine curiosité. Nous cherchions à toucher un public lambda qui n’était pas forcément éduqué à venir dans les galeries. En ça un contact existait et nous permettait de parler simplement avec les gens intéressés par notre démarche. On ne cherchait pas à transmettre un message ou quoi que ce soit mais plutôt à établir un contact, à entamer une conversation.

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Semprecosi : quels sont vos projets futurs ?

Anthony : Notre envie prochaine est de sortir du contexte européen. Pour 2010, nous avons commencé à établir des contacts avec des structures au Liban, en Turquie et en Bulgarie. En sortant du système occidental, un vrai choc culturel pourra alors s’opérer.

Julien : De ces projets est née l’envie de continuer ensemble dans une démarche de professionnalisation. Nous avons envie de créer notre propre principe de travail hors des circuits traditionnels du graphisme ou des arts.

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Rédacteur : Manuel RAMIREZ
Photographe : Collectifs projets