L’ATELIER D’ACTION GRAPHIQUE

L’Atelier d’Action Graphique est un collectif de graphistes installés principalement à Rennes. Ils suivent une démarche créative originale etprocèdent selon l’idée de workshops itinérants. L’atelier dans lequel ils travaillent n’est jamais fixe et c’est là où réside la singularité de leur démarche. Leurs projets sont inspirés de leurs voyages : le « Tous des Ours » réalisé 2007 à Berlin ou le « Zé Aquàrio » réalisé en 2008 à Lisbonne.
Pour le projet « Tous des Ours », l’Atelier d’Action Graphique s’est installé dans un des quartiers-est berlinois. Ils se sont inspirés du contexte et de l’ambiance issue des années 80 pour créer une série de portraits de célébrités désuètes. L’ours emblème de la capitale est aussi omniprésent dans leur travail. Après être sérigraphiés dans les ateliers d’Anschlaege, les portraits de ces personnages ont été collés aux murs de Berlin, rentrant ainsi en dialogue avec la ville que les a inspirés.
Le collectif s’est ensuite rendu à Lisbonne en août 2008, dans le cadre d’une résidence à l’espace d’expérimentation artistique et musicale « Zé dos Bois », afin de réaliser une série d’interventions publiques et scénographiques. L’Atelier d’Action Graphique est composé de Julien Courtial, Anthony Folliard, Arthur Gourdin, Éléonore Hérissé et Vivien Le Jeune Durhin.


Semprecosi : quand avez-vous décidé de vous rejoindre en tant que collectif ?
Éléonore : c’est l’Ecole des Beaux-Arts qui a commencé à fédérer ce travail, le projet de Berlin a lancé l’équipe.
Anthony : à la base, le projet s’est créé pour se réunir dans un travail collectif sur un temps sympathique. (..) Il n’y a pas eu une réunion pour dire : « Est-ce que ça vous dit de monter un collectif ? ». C’est par la pratique qu’on s’est rejoint a Berlin. On a testé. Ca a fonctionné et on a décidé de continuer.

Semprecosi : avez-vous une devise de groupe ou une démarche particulière ?
Éléonore : on ne possède pas une devise particulière. On veut tout simplement faire les choses bien, jusqu’au bout, tout en prenant du plaisir.
Anthony : la particularité du collectif n’a pas pour but d’intégrer chacune de nos pratiques individuelles. C’est un moment collectif où l’on travaille vraiment tous ensemble. Après la démarche s’est développée, elle se caractérise par le « fait main » : on essaie de faire absolument tout par nous-mêmes : du projet théorique jusqu’au montage de l’atelier. On a aussi comme principe de travailler avec les matériaux qui sont sur place. Cela traduit notre coté vernaculaire.
Julien : cette façon de faire nous plaît. Ce n’est pas une question de moyens. C’est un choix artistique.

Semprecosi : parlez nous un peu du projet de Berlin. En quoi consiste il ? Et qu’a-t-il apporté à votre groupe?
Anthony : lors de notre arrivée à Berlin, on s’est aperçu que l’art graphique était déjà beaucoup développé. Il y avait de nombreux visuels sur les murs de la ville… On a trouvé ces créations d’affiches intéressantes, c’était proche de notre profession de graphistes. De plus, c’est le reflet d’une liberté d’expression. Cela nous a donné envie de nous dépasser et de sortir du cadre de la commande graphique habituelle dans le but de lui donner une expression beaucoup plus libre, plus créative.

Eléonore : on s’est rendu compte par la suite qu’il fallait être en place pour trouver le sujet. C’est à partir de là qu’on a décidé de faire ce voyage. Les affiches reflètent ainsi la façon qu’on avait de vivre là-bas. Chacun avait la prise en charge d’un portrait dans un premier temps, puis ces portraits sont devenus finalement une traduction de nous-mêmes, une narration, qui est visible dans les affiches.

Semprecosi : pour les personnages des affiches de Berlin vous vous êtes inspirés de personnages de la vie sociale allemande ?
Anthony : l’idée c’était de représenter des « personnages stars à Berlin ». On s’est posé la question suivante : si Berlin devait faire une campagne de publicité pour la promotion de sa ville, qui choisirait elle comme personnages phares, pour les publicités ? Ce sont des personnages issus de la culture populaire, produite par la télévision des années 80, un peu vintage, proche du milieu underground berlinois. Il y avait au début une quinzaine de personnages créés. On a commencé à délirer sur les justiciers de cette époque, et de fil en aiguille, on est arrivé à Magnum, Colombo, en autres. Le choix des couleurs reflète l’idée des stars, leur coté pop, disco. Ces teintes font l’écho à une ville, Berlin.

Julien : les personnages reflètent aussi notre vie là-bas. Inspirés du contexte, ils sont aussi des traductions de nous-mêmes à Berlin.
Anthony : en effet, les affiches nous ressemblent dans le sens où ce sont les traductions graphiques de nos expériences berlinoises. Elles racontent les visites, les bars, les barbecues, les conversations et les rencontres autours de la ville.

Semprecosi : en regardant votre démarche je pense aux explorateurs et botanistes du XVIII et XIXe siècle, aux observateurs et illustrateurs du Nouveau Monde. 200 ans après, vous sentez-vous comme des explorateurs urbains, contemporains d’un nouveau monde ?
Anthony : en effet, dans notre démarche on retrouve cette idée de découvrir un lieu pour l’observer, compris cette fois-ci comme une source de création.

Éléonore : l’ intuitif joue un rôle très important. On se rend compte de l’importance de la ville sur nos créations. Ainsi, on pourrait dire de ce qui a été fait à Berlin reflète Berlin et de la même manière, les travaux réalisés pendant notre séjour à Lisbonne reflètent Lisbonne.
Julien : la différence entre les explorateurs et nous réside dans l’interprétation du vécu. On est libre d’interpréter. On se prête au jeu. Berlin est par exemple une ville déguisée, ce qui se voit clairement dans le résultat de notre travail.


Semprecosi : quels points communs existent-il entre le projet de Berlin et celui de Lisbonne ?
Eléonore : je pense que le point commun est une question de temps. La formule est similaire tout comme le protocole. Néanmoins ça s’est passé différemment. A Lisbonne, on a été accueillis dans une structure. Le choix de la vitrine est aussi un clin d’œil à Berlin sur le fait de présenter les installations dans la rue, dans l’espace public.

Anthony : on voulait que les deux projets soient visibles à tous. On restait disponibles pour les gens qui voulaient discuter. On ne voulait pas rester dans un petit groupe fermé d’artistes. Le coté « bricolage » est aussi super important dans notre façon de fonctionner.

Semprecosi : quand je regarde vos projets de Lisbonne, je pense à une œuvre d’art totale. Donnez-vous une importance différente au travail graphique, sculptural, ou photographique ?
Julien : à Lisbonne, c’était plus expérimental qu’à Berlin. On voulait se servir d’une vitrine d’une façon différente. On a une formation de graphistes ce qui ne nous prive pas de faire d’autres choses. Mais, on les fera toujours avec notre vision de graphistes.

Eléonore : notre travail à Lisbonne possède en effet des qualités graphiques, sculpturales et photographiques. Néanmoins on cherche à donner une autre dimension à la vision graphique.

Semprecosi : combien de temps a duré chaque intervention à Lisbonne ?
Julien : en théorie chaque intervention durait une journée.
Anthony : le matin, la vitrine précédente était démontée, et dans la journée, on se demandait ce qu’on allait pouvoir faire le soir. La vitrine devait être totalement prête à 21h 30. La Dead line était à 22h. Il fallait prendre la photo avant car le bar d’en face s’allumait à 22h et tous les bars ouvraient à 22h.
Julien : notre intervention se déroulait dans un lieu qui n’était pas approprié à une exhibition artistique. C’était intéressant de voir la réaction des gens.

Semprecosi : et ils réagissaient comment ?
Anthony : ils vomissaient souvent ! Non je rigole…
Julien : ils étaient vraiment surpris !
Semprecosi : quels sont vos projets futurs ?
Anthony : pour cet été, l’idée est de sortir du schéma européen. On a des contacts en Turquie et en Egypte.
Julien : en sortant du système européen, la prise du risque sera plus grande car on sera confronté à un autre regard. Cette nouvelle expérience nous intéresse beaucoup.




Rédacteur : Manuel RAMIREZ
Photographe : L’Atelier d’Action Graphique
