ERWAN MÉVEL & ANTOINETTE PARRAU

juin 15, 2009 by admin  
Filed under Design

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Tous deux issus de l’Ecole des Beaux-Arts de Rennes. Antoinette travaille la lumière artificielle comme source d’énergie émotionnelle. Erwan lui élabore des rêveries terrestres mises en jeu dans des tables et des bureaux. Parfois, ils travaillent aussi sur des projets communs.

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ERWAN MÉVEL

Semprecosi : comment et dans quel contexte sont réalisées vos créations ?

E.M. : Je travaille à partir d’un cadre, un cahier des charges, un espace, un lieu, une personne en face de moi avec qui je discute, avec qui on élabore le projet. Seul sans commanditaire, il n’y a pas de problème, pas de solution. Malgré tout je matérialise quelques idées comme l’Inselberg, ou les Îles qui n’ont plus vraiment de fonction. Ce sont en quelque sorte des « objets amis »…

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Semprecosi : parlez nous de votre première réalisation ? Comment est-elle née ?

E.M. : ma première table est un travail sur le paysage. Je voulais travailler sur l’imagination et par l’imagination augmenter l’espace c’est-à-dire comme dans le poème, la phrase, les mots par leur écho vont gonflés, résonnés et apportés une dimension empirique. La notion de paysage se résume au travers de la perception et la création de l’espace. La table pour moi est un paysage dont les formes naissent dans la feuille de papier. Le brouillon me sert pour figurer le paysage. La forme du papier froissé est transposée ensuite en résine. Dans ce projet la table est comme une maquette présentée sur des tréteaux, dans ce rapport d’horizontalité du plan. Ce paysage imaginé peut être vécu comme un rapport de l’extérieur à l’intérieur. Cette fenêtre rappelle qu’à tout moment l’esprit peut basculer et donner lieu à une rêverie.

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Ce rapport à la feuille de papier traite de la poétique de la légèreté, du décalage, de la finesse, de l’ondulation. Le matériau travaillé concorde à l’idée. Dans cette table, une rêverie cristalline s’installe, des cristaux émergent du plan, une forêt pousse autours d’un lieu-grotte. C’est un espèce de lieu un peu magique. L’idée de mes travaux c’est un peu comme avoir un terrain escarpé, vallonné, plat avec un ruisseau. Imaginer des possibilités plus ou moins suggérées.

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Semprecosi : l’utilisation du noir et du blanc est-il récurrent dans votre travail et si oui pourquoi ? Dans ce cadre, comment utilisez-vous la couleur ?

E.M. : le blanc permet la neutralité et par ailleurs exprime le rapport au papier (table La vie dans les plis et bureau Feuilles). Une idée de légèreté qui coïncide à une poétique de la feuille en suspend. Le noir lui au contraire exprime une dureté, son approche est plus difficile, lente et dure dans un rapport plus masculin. Parfois les couleurs sont à la fois purement décoratifs et purement amicales c’est une sorte de sympathie. Ces détails colorés, vitaminés apportent fraicheur à l’ensemble.

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Semprecosi : que signifie le trou dans cette table ?

E.M. : le trou dans la table est une sorte de fonction poétisée ou une mise en scène de la fonction. Il s’agit d’un trou noir à travers lequel passent les câbles d’un ordinateur, une traversé du plan. La grotte, le trou noir, le passage : véhicule des images, des abris. Bachelard écrit l’imagination de la matière, des rêveries associées. Ce travail est nourri de lecture, de musique découvert durant mes années à l’école des Beaux-Arts. La grotte est un archétype dont je me sers pour véhiculer des images. Ici elle est inscrite en rondeur, dans un objet mental, c’est de l’ordre de la protection. Ces petits objets un peu sensuels font décor, ce sont des bibelots.

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Semprecosi : comment appelez vous cet objet montagne ?

E.M. : l’un s’appelle Inselberg, c’est un terme géologique qui défini à la fois l’île et la montagne. C’est une résurgence façonné par l’érosion. La première fut réalisée en polystyrène façonné, creusé, recouvert de pâte à modelé séchée puis résinée et après laqué. Maintenant, ce sont des céramiques. La terre permet cette liaison avec l’idée.

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Semprecosi : que représente cet objet ?

E.M. : l’inselberg est un objet de la rêverie. Un lieu de repos.

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ANTOINETTE PARRAU

Semprecosi : pourquoi cet intérêt pour la lumière que l’on peut percevoir au travers de tes châssis lumineux ?

A.P. : la lumière reste quelque chose de sensible à notre environnement, à nos perceptions. Elle change constamment de couleurs, d’intensité. Elle se révèle être une source de discussion interminable. Dans mon travail, on est surtout dans un rapport empirique celui des sensations, de la perception.

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Semprecosi : comment sont nés les châssis lumineux ?

A.P. : les châssis lumineux étaient l’objet de mon diplôme aux Beaux-arts. Les châssis lumineux étaient le rapport entre l’intimité et la lumière artificielle, où l’on vient déshabiller la lumière avec un geste intime qui peut ouvrir sur l’extérieure imaginé. On entre dans le récit même si la fermeture a la fonction de régulateur. Mon travail réside dans le fait de varier la lumière manuellement. L’utilisateur est auteur de sa lumière, il choisit sa variation selon ses humeurs et ses besoins. La fenêtre store peut être comprise comme une fausse fenêtre, c’est un peu comme une vitrine, on est dans l’imaginaire de l’extérieure et également dans une intimité. Ce rapport entre l’objet et la personne se dessine sous la forme d’un jeu. L’interactivité a une place importante dans mes réalisations comme avec le glissement d’un zip ou même tirer les ficelles du store pour plus ou moins d’intensité lumineuse.

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Les panneaux lumineux existent au format paysage ou le zip ouvre sur une ligne d’horizon lumineuse. Quand ils sont à la verticale, ils posent la question de l’échelle du corps. Ainsi les zips se manipulent suivant l’amplitude du geste de l’utilisateur. Je me suis amusée avec les textures, certains de mes châssis sont réalisés dans un tissus réflecteur de lumière ainsi le jeu est plus complexe. Les premiers châssis étaient en lycras de couleurs plutôt chaudes : des rouges et des oranges. J’ai réalisé de multiples expériences sur la superposition des couleurs entre lumières colorées et textiles. J’ai travaillé sur ce rendu et sur les contrastes. L’impression de rigidité de certains tissus induit parfois en erreur l’observateur. Je me joue des apparences. Les matériaux se révèlent différemment selon la lumière comme ici dans ce châssis composé de rubans plissés certaines personnes ont pensé que c’était de la porcelaine à cause de la finesse du blanc, du passage de la lumière, de la transparence du volume. Aussi, La lumière transforme la matière.

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Semprecosi : comment sont réalisés les Nymphéas et que signifient-ils ?

A.P. : ce sont des feuilles d’aluminiums peintes en blanc avec l’intérieur violet. Le cœur d’un nymphéas peut être violet bleuté ou mauve suivant la température de l’ampoule. Avec un seul et même objet, on peut obtenir une couleur vive ou une couleur douce, c’est au choix de l’ampoule employée. Cet objet décoratif représente la fleur immortelle du salon. Le cœur lumineux laisse échapper un rayonnement de lumière par quatre fentes. Un second pétale déployé à l’horizontal reçoit le rayonnement du cœur lumineux. J’y trouve beauté et légèreté. Le grain, la finesse, le blanc opaque, la fragilité du papier ont été des éléments importants pour la création de cette lampe. Je cherche à simplifier les choses et garder les détails qui portent le sens. J’aime l’esthétisme japonais. J’essaie de produire un geste simple qui soit le plus significatif possible.

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Semprecosi : pourquoi ce vase s’appelle t-il Arum ?

A.P. : c’est un cylindre en inox poli miroir qui est découpé. Il s’appelle Arum parce qu’il rappelle le dessin de la fleur du végétal. C’est aussi le signe de la fente, de celle des châssis, de l’entaille et encore celui d’un col ouvert.

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Semprecosi :que signifie pour toi la fente ?

A.P. : La fente est récurrente dans mon travail. Au départ, c’était la serrure d’où l’on peut regarder en étant caché. C’est l’ouverture vers quelque chose mais on ne sait quoi. Elle est mystérieuse car elle ne propose pas tout, elle occulte et permet de laisser place à l’imagination de ce que l’on ne perçoit pas au-delà de cette fente. Finalement, la fente n’est plus le médium qui nous permet de regarder. Et, dans mon travail, elle devient source d’énergie, de potentiels. La fente est comprise dans l’ambiguïté et semble être une source et non pas un objet de curiosité.

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Semprecosi : dans tes fentes y a-t-il un rapport avec le travail de Lucio Fontana ?

A.P. : effectivement, mais de manière inversé. Lucio Fontana emploie les fentes comme une ouverture sur l’infinie habité par le noir, un néant qui nous absorbe. Alors que, dans mon travail, la fente fait jaillir de la lumière, c’est une source de vie, de chaleur. L’ambiguïté réside dans le fait qu’il y est peut-être quelque chose derrière ce flux.

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Semprecosi : quelle est la place du titre dans ton œuvre ?

A.P. : il n’y en a pas ce sont tous des châssis lumineux. Les titres sont seulement une manière de les déterminer suivant leurs caractéristiques. Le titre est la description textile et en les énumérant j’ai aussi l’impression d’entendre la voix-off qui commente les défilés de haute couture. Pour moi, ils font tous partis d’une même et grande famille, une collection.

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ERWAN MÉVEL & ANTOINETTE PARRAU

Semprecosi : comment travaillez vous ensemble ? Et que vous apporte cette relation en duo ?

E.M. : cela nous permet d’échanger et de demander l’avis de l’autre et d’avoir un retour immédiat. Ce type d’échange permet de consolider nos choix.

A.P. : on est dans une relation ping pong…

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Semprecosi : quelle est la première pièce que vous avez réalisée ensemble ?

E.M. : la première pièce que nous avons réalisée ensemble est un diamant noir. C’est une image issue d’un rêve, rêvé à deux…

A.P. : après on l’a matérialisé et on l’a fait grandir tous les deux. Erwan parlait d’un prisme, d’une roche, il avait pour projet de réaliser une table à facettes avec des angles cristallins. Tandis que moi, je l’imaginais comme un rêve à la Pink Floyd… cet objet devait être surdimensionné, posé dans un paysage sans frontière, un plan infini chargé d’une vision sensuelle, lisse et dure.

E.M. : mais aussi énigmatique, c’est la vision d’un objet venu d’ailleurs, exo.

A.P. : notre projet autour du Diamant Noir était de monter une exposition commune sur le thème de la dream box. Quand l’objet est réalisé plus rien n’appartient ni à l’un ni à l’autre, cela devient une vraie fusion d’idées née autour d’une multitude de débats…

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Semprecosi : pouvez-vous nous parler de votre nouveau projet plateforme, Le Navigateur ?

E.M. : c’est un sofa, une scénographie de la discussion. Il est de couleur noire, aux formes géométriques. L’image rappelle celle du radeau…Le cylindre peut être considéré comme une vigie , c’est une mise en scène de la discussion. Nous l’avons appelé Le navigateur parce qu’on l’imagine être une sorte de véhicule ou un radeau de survie…

A.P. : pour le moment, Le navigateur n’est encore qu’à l’état de projet.

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Rédactrice : Cloé DESMONS
Photographe : Nicolas PRIOUX